RDC : le CSAC dénonce des impayés et un affaiblissement budgétaire

Aerial view of city under a bright blue sky with scattered clouds.Photo : Vika Glitter / Pexels

Le régulateur des médias en République démocratique du Congo (RDC) traverse une crise institutionnelle inédite. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), dont les dirigeants sont désignés conjointement par la présidence, le gouvernement, le Parlement et plusieurs corporations professionnelles du secteur, a rendu publique le 12 mai une note dans laquelle ses agents affirment ne plus percevoir leurs salaires. L’institution, financée sur ressources publiques, dénonce ce qu’elle qualifie d’« affaiblissement organisé » et juge qu’elle ne peut plus exercer pleinement sa mission de supervision du paysage audiovisuel congolais.

Un régulateur asphyxié par l’État qui le finance

Le CSAC est un organe constitutionnel chargé de garantir le pluralisme, la liberté de la presse et l’équilibre des contenus diffusés en RDC. Sa singularité tient à son mode de gouvernance hybride, qui associe l’exécutif, le législatif et les représentants des professions médiatiques. Mais cette architecture, censée prémunir l’autorité contre la captation politique, se révèle fragile dès lors que l’État, principal pourvoyeur de fonds, suspend ou retarde ses transferts budgétaires.

Les agents du conseil dénoncent désormais un défaut prolongé de versement des rémunérations. La note interne, relayée à la presse congolaise, met en cause un mécanisme délibéré d’étranglement financier. Pour les signataires, il ne s’agit pas d’un simple retard administratif. Le terme d’« affaiblissement organisé » suggère une stratégie assumée, dont l’effet est de paralyser l’instance régulatrice à un moment où le secteur médiatique congolais aurait au contraire besoin d’un arbitre opérationnel.

Un signal préoccupant pour le pluralisme congolais

La RDC compte plusieurs centaines de stations de radio et de télévision réparties sur un territoire vaste comme l’Europe occidentale. Le CSAC délivre les autorisations, surveille les contenus, sanctionne les dérapages et arbitre les contentieux entre opérateurs. Sans moyens, sa capacité à instruire les dossiers, à diligenter des missions de contrôle ou à publier des décisions s’amenuise. Cette atrophie pose un problème démocratique réel, dans un pays où la presse joue un rôle clé d’aiguillon civique, parfois au prix de violences à l’encontre des journalistes.

L’épisode intervient par ailleurs dans un contexte politique tendu. Le pouvoir du président Félix Tshisekedi compose avec un environnement sécuritaire détérioré dans l’est du pays, où les opérations militaires contre les groupes armés s’accompagnent d’une vigilance accrue sur les médias jugés critiques. La couverture des questions sensibles, qu’il s’agisse du conflit dans le Nord-Kivu, des relations avec le Rwanda ou des contentieux miniers, expose les rédactions à des pressions répétées. Un régulateur affaibli ne peut jouer son rôle d’amortisseur entre les pouvoirs publics et les éditeurs.

Quelle issue institutionnelle ?

Le ministère des Finances n’a pas, à ce stade, livré d’explication publique sur la non-exécution des crédits affectés au CSAC. La loi organique qui régit le conseil prévoit pourtant une dotation inscrite au budget général de l’État, soumise au contrôle parlementaire. Reste à savoir si l’Assemblée nationale, où plusieurs élus disposent de relais dans le secteur médiatique, se saisira du dossier lors de la prochaine session budgétaire.

Pour les organisations de défense de la liberté de la presse actives à Kinshasa, le signal envoyé est préoccupant. La capacité d’une autorité administrative indépendante à fonctionner sans ingérence dépend mécaniquement de son autonomie financière. Lorsque cette dernière vacille, la frontière entre régulation neutre et tutelle politique se brouille. Le CSAC, en publiant cette note, semble vouloir prendre l’opinion à témoin avant un éventuel arbitrage au sommet de l’État.

Concrètement, la sortie de crise passera par une régularisation rapide des arriérés salariaux et par une clarification du mécanisme de décaissement annuel. À défaut, le risque est celui d’une vacance opérationnelle prolongée, dans un secteur où la régulation ne se délègue pas. Selon RFI Afrique.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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