Le chômage en Tunisie a poursuivi sa lente érosion en début d’année 2026. D’après les chiffres diffusés le 15 mai par l’Institut national de la statistique (INS), le taux s’établit désormais à 15 % de la population active, contre 15,2 % au trimestre précédent. Un mouvement de faible amplitude, qui traduit davantage une stabilisation qu’une véritable inflexion du marché du travail tunisien.
En volume, le pays comptait 641 700 demandeurs d’emploi sur les trois premiers mois de l’année, soit 3 500 personnes de moins qu’à la fin de 2025. Dans le même temps, la population active a progressé de 13 000 unités pour atteindre 4,268 millions de personnes. Cette dynamique suggère que de nouveaux entrants ont été absorbés par le marché, sans pour autant résorber le stock historique de sans-emploi accumulé depuis la décennie post-2011.
Une fracture territoriale qui s’accentue
La photographie trimestrielle confirme l’écart durable entre zones urbaines et rurales. Le chômage atteint 14,4 % dans les villes, contre 16,5 % à la campagne. Cette différence de plus de deux points illustre la concentration de l’activité économique sur le littoral et autour des grandes agglomérations, tandis que les gouvernorats de l’intérieur continuent de subir un sous-investissement chronique. Le déséquilibre territorial reste l’une des causes structurelles des tensions sociales récurrentes observées dans les bassins miniers et agricoles.
Le gouvernement tunisien, confronté à un programme de redressement budgétaire exigeant, dispose d’une marge de manœuvre étroite pour relancer l’investissement public dans ces régions. Les négociations avec les bailleurs multilatéraux, suspendues à plusieurs reprises depuis 2023, pèsent sur la capacité de l’État à financer des politiques actives de l’emploi à grande échelle. Reste que les transferts sociaux et les dispositifs d’insertion continuent d’absorber une part significative des dépenses courantes.
Le paradoxe persistant des diplômés du supérieur
La donnée la plus préoccupante demeure le décrochage entre formation et emploi. Les diplômés de l’enseignement supérieur affichent un taux de chômage très supérieur à la moyenne nationale, phénomène que la légère décrue trimestrielle ne corrige pas. Ce paradoxe, identifié dès les années 2000, traduit l’inadéquation entre l’offre de qualifications produites par les universités tunisiennes et la structure d’une économie encore dominée par les services peu intensifs en compétences, le tourisme et la sous-traitance industrielle.
Les jeunes femmes diplômées sont particulièrement exposées. Leur taux d’inactivité subi, conjugué à une participation au marché du travail historiquement faible, alimente une fuite des cerveaux régulière vers l’Europe et le Golfe. Plusieurs études récentes signalent que les départs de profils qualifiés, notamment dans la santé et l’ingénierie, se sont intensifiés depuis 2022. Cette hémorragie pèse sur la productivité globale et renchérit le coût de remplacement dans les secteurs publics essentiels.
Une croissance insuffisante pour résorber le stock
Pour ramener durablement le chômage sous la barre des 12 %, niveau évoqué par les autorités comme objectif de moyen terme, l’économie tunisienne devrait croître à un rythme nettement supérieur aux 1 à 2 % observés ces dernières années. Or les projections du Fonds monétaire international et de la Banque africaine de développement tablent sur une trajectoire modérée, contrainte par le service de la dette extérieure et la faiblesse des investissements directs étrangers.
Le tissu des petites et moyennes entreprises, qui représente l’essentiel des créations nettes d’emplois privés, peine à se financer dans un environnement bancaire prudent. Les dispositifs publics d’appui à l’entrepreneuriat, multipliés depuis 2015, n’ont pas suffi à compenser la contraction du secteur formel. Concrètement, la capacité du marché à transformer la légère amélioration trimestrielle en tendance pluriannuelle dépendra autant de la stabilisation macroéconomique que des réformes structurelles annoncées et régulièrement reportées.
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