Gabon : L’opposition atomisée, la revanche s’envole en éclats

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Comme prévu, c’était le jour d’élections samedi 6 octobre 2018 au Gabon. Les électeurs avaient rendez-vous pour élire leurs députés et les conseillers locaux. Les premières tendances placent le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) en tête avec en prime la fracassante chute de plusieurs têtes fortes de l’opposition radicale terrassées et mis hors de course dès le premier tour.

Si le réveil le dimanche 7 octobre 2018 a été indolore au quartier général du PDG, à Louis, où l’ambiance était à la fête, c’est le contraire dans les rangs de l’opposition où l’on parle d’un véritable déluge électoral. Vraiment la bérézina pour Jean Ping et ses soutiens !

Les raisons n’en sont rien d’autre que  le tsunami électoral réalisé par le parti au pouvoir qui tire son épingle de jeu avec autorité à l’occasion du premier tour des législatives et des locales.

Les premières tendances qui restent à confirmer donnent le PDG très largement en tête dans presque toutes les provinces du pays. « Un raz de marée presqu’attendu » à en croire le porte-parole de la présidence de la République, Ike Ngouoni Aila Oyouomi.

A quelques rares exceptions près, presque tous les ministres issus du parti au pouvoir se sont confortablement imposés sans forcer leurs talents. Eloignant ainsi le spectre du second tour.

Les bons comptes du PDG

Dans le lot, en un bon capitaine, Emmanuel Issozet Ngondet, le chef du gouvernement a donné le ton. Autant en ont fait Régis Immongault, Madeleine Berre, Alain-Claude Bilie By Nze, Arnaud Egandji, Denise MekameNe et bien d’autres.

A Libreville, les dégâts sont immenses dans les rangs de l’opposition proche de Jean Ping. C’est à peine si le leader du Rassemblement Héritage et Modernité (RHM, opposition), Alexandre Barro Chambrier, sort la tête de l’eau.

D’après des sources concordantes, le meilleur scénario qui se dessine pour lui serait d’aller vers un second tour. Ce qui serait un moindre mal à défaut d’une humiliante élimination dès le premier tour.  Odeur de rachat ! Il semble que l’opposant est au coude à coude avec le pdgiste Ekomie. La fortune n’est pas meilleure dans la commune d’Akanda pour son compère porte-parole de Jean Ping, Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi (Union nationale), qui a mordu la poussière et ne verra donc pas la couleur d’un second tour.

Dans la province du Haut-Ogooué, les choses ont marché comme sur des roulettes pour les chevaux lancés par le pouvoir. Le label PDG n’a pas fait de quartier. Tous les candidats ou presque ayant entré dans l’arène sous la bannière du parti ont validé leur ticket dès le premier tour avec des scores sans appel.

Où sont passés les Myboto, des simples grenouilles qui voulaient se faire passer pour des éléphants !

Même tendance observée dans les provinces de l’Ogooué-Lolo et l’Ogooué Ivindo qui n’ont pas tergiversé. Les populations ont envoyé ad patres l’ex président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama et Paulette Missambo en votant en faveur du PDG comme en août 2016, lors de la présidentielle.

Les mécomptes de l’opposition

C’est un peu en demi-teinte dans la province de la Ngounié. Selon les tendances enregistrées, le PDG caracole en tête du peloton dans les autres sièges de la province en dehors de Mouila où c’est un peu serrer avec Jean Norbert Diramba qui tente de résister au 1er siège de la commune.

Il n’y a pas match au niveau de Ndendé et Fougamou. Dans ces deux sites, le PDG a gardé intactes toutes ses chances.  Yves Fernand Manfoumbi  et Guy Bertrand Mapangou se sont royalement imposés dès le premier tour. Le faux mythe du bagnard Massavala n’a pas fonctionné.

Le déluge annoncé contre le PDG dans la province du Moyen-Ogooué n’a pas pu se produire.  Le parti managé par Eric Dodo Bounguiendza s’en tire à comptes. Madeleine Berre et Laetitia Diwekou distancent très largement leurs poursuivants directs à Lambarené. Tendance favorable annoncée pour le PDG qui viendrait en tête à l’échelle des départements. Paul Marie Gondjout, un simple épouvantail ?

Bémol dans la province de la Nyanga. Si les premières tendances sont confirmées, le candidat issu des rangs de « Les Démocrates » aurait réussi à arracher à la sauvette un siège à Tchibanga où se présentait le candidat Doukaga. Même chose pour un candidat indépendant qui se serait offert un siège à Mayumba.

Le signe indien a enfin été brisé à Port-Gentil, capitale provinciale de l’Ogooué Maritime reconnue traditionnellement acquise à l’opposition.

Ali Bongo Ondimba gagne la bataille de légitimité

Le ministre du Budget et des Comptes publics, Jean-Fidèle Otandault,  et son collègue en charge du Pétrole, Pascal Houagni, tous deux du PDG remportent haut la main dans le 1er et le 2e siège de la commune de Port-Gentil.

Le candidat du pouvoir fait également bonne figure au 4e arrondissement de la capitale économique. En revanche, tradition respectée au niveau des départements où le parti au pouvoir préserve toutes ses chances.

Outre la Nyanga, c’est dans la province du Woleu-Ntem que l’opposition semble grapiller quelques espaces.

Ce qui expliquerait la présence des candidats de l’Union nationale (UN) au second tour du scrutin. De son côté, les espoirs sont permis pour le directeur de la CNAMGS, Renaud Allogho Akou et Pastor Ngoua Neme (aux locales) qui réalisent de très bons scores. Par contre, Démocratie Nouvelle (DN) de René Ndemezo’o s’est vu défenestré de son fief de Bitam par Tony Ondo Mba du PDG.

La bérézina pour l’opposition

Que dire pour l’heure en termes de bilan pour l’opposition ? Bien maigre et en peau de chagrin dans l’ensemble. D’autant que des fortes personnalités tels Guy Nzouba Ndama, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, Léon Paul Ngoulakia, Paul-Marie Gondjout, Marcel Libama, Jean de Dieu Moukagni Iwangou, Michel Menga M’Essone, Elza Ristuelle Boukandou, Frédéric Massavala, Anges Kevin Nzigou et des dizaines d’autres figures de l’opposition ont vu leurs rêves s’effondrer comme château de sable dès le premier tour du scrutin législatif.

Du coup, on doit à la vérité de reconnaître que la revanche tant attendue de la part de l’opposition n’a pas pu se produire. Résultat, avec une large majorité à l’Assemblée nationale, c’est le président de la République, Ali Bongo Ondimba, qui sort ragaillardi de cette guerre de légitimité qui n’a que trop duré au détriment de l’opposition qui devrait tirer toutes les leçons de ses propres turpitudes.

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