Entre élections verrouillées, oppositions fragilisées et résurgence des coups d’État, de nombreux pays africains voient leur espace démocratique se réduire. Pour Mathias Hounkpé, politologue et responsable à l’Institut électoral pour la démocratie durable en Afrique (EISA), les signaux d’alerte se multiplient.
Sur une partie du continent, les scrutins électoraux n’assurent plus le renouvellement du pouvoir qu’ils promettaient au sortir des années 1990. L’Ouganda illustre ce durcissement : au pouvoir depuis près de quatre décennies, le président Yoweri Museveni, 81 ans, verrouille la scène politique face à une opposition plus jeune mais tenue à distance. Durant les périodes de vote, les coupures d’Internet se sont installées comme une routine gouvernementale, limitant l’accès à l’information et la capacité de mobilisation des opposants.
Pour Mathias Hounkpé, les élections africaines ne relèvent pas d’un modèle unique. Il distingue trois configurations. Une première tranche de pays – comme le Ghana ou le Sénégal – organise des scrutins ouverts, compétitifs et susceptibles de déboucher sur une alternance. Un second groupe fait face à des élections jugées largement biaisées, marquées par l’intimidation ou l’exclusion de candidatures d’opposition, parfois au prix de violences, comme récemment en Tanzanie. Enfin, environ 40 % des scrutins entrent dans une zone grise : officiellement pluralistes, mais tellement encadrés que l’opposition ne peut réellement peser, à l’image de la situation ougandaise.
Cette contraction démocratique n’est pas propre à l’Afrique. Dans de nombreuses régions du monde, la démocratie élective recule. Sur le continent, la tendance s’est amorcée il y a une quinzaine d’années, avant de s’accentuer avec deux dynamiques distinctes. La première est celle de « l’autocratisation » : des dirigeants élus se servent de mécanismes institutionnels pour restreindre progressivement les libertés publiques et affaiblir les contre-pouvoirs. La seconde est la réapparition des coups d’État militaires, que l’on croyait en net recul depuis le début du XXIe siècle.
Malgré ce tableau contrasté, le politologue rappelle que les dynamiques démocratiques africaines se renouvellent constamment. L’effondrement d’un régime autoritaire peut ouvrir des espaces politiques nouveaux ; des sociétés civiles très actives continuent de défendre les libertés, et certaines transitions électorales se déroulent dans un climat apaisé. Le champ démocratique se resserre, mais il n’est pas figé. L’enjeu, selon lui, consiste désormais à protéger les acquis des décennies précédentes face à une période de fortes incertitudes.



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