L’ancien président du Sénégal, Macky Sall, tente désormais une nouvelle conquête politique : le poste de secrétaire général des Nations Unies. Alors que le mandat de António Guterres arrive à son terme fin 2026, plusieurs candidatures émergent dans les coulisses diplomatiques. Mais celle de Macky Sall suscite déjà une controverse intense, en Afrique comme à l’international. Pour certains, il s’agit d’un diplomate expérimenté capable de dialoguer avec toutes les puissances. Pour d’autres, sa candidature symbolise au contraire une Afrique représentée par un dirigeant trop aligné sur les intérêts occidentaux et dont le bilan national reste profondément contesté.
Une candidature discrètement préparée
Depuis plusieurs mois, Macky Sall mène une série de déplacements diplomatiques dans les capitales occidentales et dans certaines chancelleries africaines. L’objectif est clair : obtenir le soutien nécessaire pour une candidature crédible au poste le plus stratégique de la diplomatie mondiale. Le processus de sélection du secrétaire général de l’ONU est en effet largement influencé par les équilibres du Conseil de sécurité des Nations unies, où les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto. Aucun candidat ne peut être élu sans l’acceptation tacite des grandes puissances.
Dans ce contexte, les partisans de Macky Sall mettent en avant son profil jugé “compatible” avec les grandes capitales. Ancien président du Sénégal entre 2012 et 2024, ancien président de l’Union africaine en 2022, il a acquis une solide expérience des négociations internationales. Ses soutiens soulignent qu’il a participé à la bataille diplomatique qui a conduit à l’entrée de l’Union africaine au G20, et qu’il s’est imposé comme un interlocuteur respecté dans les discussions sur la dette africaine, le climat et les relations Nord-Sud.
Mais cette capacité à rassurer les grandes puissances constitue aussi l’un des principaux arguments de ses détracteurs.
L’accusation d’un alignement sur l’Occident
Pour une partie de l’opinion africaine, Macky Sall incarne une génération de dirigeants jugés trop proches des centres de pouvoir occidentaux. Pendant ses années au pouvoir, le Sénégal a maintenu des relations étroites avec la France, les États-Unis et les institutions financières internationales.
Cette proximité est interprétée par ses critiques comme la preuve qu’il défendrait davantage l’équilibre diplomatique global que les intérêts stratégiques africains. Dans le débat actuel sur la réforme du système international — notamment la revendication africaine d’un siège permanent au Conseil de sécurité — certains analystes estiment qu’un secrétaire général trop dépendant du soutien occidental aurait peu de marge pour porter une réforme radicale de l’ordre mondial.
Un bilan économique controversé
L’autre critique majeure concerne son héritage économique au Sénégal. Le mandat de Macky Sall a été marqué par d’importants investissements publics dans les infrastructures : autoroutes, train express régional, modernisation de Dakar et grands projets énergétiques.
Cependant, ces investissements se sont accompagnés d’une augmentation significative de la dette publique. En fin de mandat, celle-ci avoisinait environ 70 % du PIB selon plusieurs estimations économiques. Les opposants à Macky Sall affirment que cette stratégie d’endettement fragilise l’économie sénégalaise à long terme.
Ses défenseurs répondent que ces projets ont modernisé le pays et préparé l’exploitation des ressources gazières et pétrolières. Pour eux, l’endettement doit être analysé dans une perspective de développement et non comme un simple indicateur négatif.
Des tensions politiques qui ont marqué la fin de son pouvoir
Le dernier cycle politique du mandat de Macky Sall reste néanmoins fortement controversé. Entre 2021 et 2024, le Sénégal a connu plusieurs épisodes de protestations violentes, liés notamment à l’opposition menée par Ousmane Sonko et au débat sur une éventuelle troisième candidature présidentielle.
Ces manifestations ont fait des dizaines de morts et ont profondément marqué l’image internationale du Sénégal, pourtant longtemps considéré comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique de l’Ouest. Les organisations de défense des droits humains ont dénoncé l’usage disproportionné de la force par les autorités.
Même si Macky Sall a finalement quitté le pouvoir et permis l’alternance politique, ses adversaires estiment que cette période ternit sa crédibilité pour un poste censé incarner l’arbitrage moral et diplomatique du monde.
La question israélo-palestinienne
Un autre point de controverse concerne sa position sur le conflit israélo-palestinien. Certains militants africains accusent Macky Sall d’avoir adopté une position jugée trop modérée vis-à-vis d’Israël. D’autres rappellent toutefois que le Sénégal préside historiquement un comité onusien chargé de défendre les droits du peuple palestinien et que Macky Sall a publiquement appelé au respect du droit international humanitaire à Gaza.
La question reste donc largement politisée et utilisée comme argument dans le débat sur sa candidature.
Une question centrale pour l’Afrique
Au-delà de la personne de Macky Sall, sa candidature soulève une interrogation stratégique pour le continent africain : quel type de leadership l’Afrique souhaite-t-elle voir représenter ses intérêts dans les institutions internationales ?
Certains estiment qu’un profil diplomatique pragmatique, capable de dialoguer avec Washington, Paris, Moscou et Pékin, est la seule option réaliste pour accéder au poste. D’autres considèrent au contraire qu’un tel profil risque de perpétuer un système international où l’Afrique reste marginalisée.
La bataille pour la succession d’António Guterres ne fait que commencer, et de nombreux candidats devraient émerger dans les mois à venir. Mais une chose est déjà certaine : la candidature de Macky Sall, loin de faire consensus, risque de cristalliser un débat beaucoup plus large sur la place de l’Afrique dans l’ordre mondial.
Si elle se confirme, cette campagne pourrait devenir l’une des plus controversées de l’histoire récente de l’ONU.



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