AFC structure la première obligation verte de projet en Côte d’Ivoire

Contemporary cityscape of Abidjan featuring high-rise buildings by the waterfront under overcast skies.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

L’institution panafricaine Africa Finance Corporation (AFC) a finalisé la structuration de la première obligation verte de financement de projet émise en Côte d’Ivoire et dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). L’opération, annoncée début mai, fait office de précédent sur un marché régional où les green bonds demeurent rares et où le financement de projet labellisé climat reste embryonnaire. Pour Abidjan, place financière qui ambitionne de capter une part croissante des flux durables, l’initiative envoie un signal aux investisseurs institutionnels en quête de papier souverain ou paracorporatif compatible avec leurs mandats ESG.

Une première régionale pour le financement de projet vert

L’obligation verte structurée par AFC se distingue par son adossement direct à un actif productif, et non à un programme général d’émetteur. Cette mécanique, dite de project finance, isole les flux de revenus du projet sous-jacent et permet aux porteurs d’obligations d’évaluer précisément le risque opérationnel. Dans la zone UEMOA, où les émissions souveraines dominent encore largement le marché obligataire régional géré par BRVM et UMOA-Titres, l’apparition d’un instrument adossé à un projet identifié constitue une diversification notable de l’offre.

La labellisation verte impose en outre un cadre rigoureux. Les fonds levés doivent financer des actifs éligibles selon des taxonomies reconnues, généralement alignées sur les Green Bond Principles de l’ICMA, avec rapportage régulier sur l’usage des produits et l’impact environnemental. Cette discipline documentaire, rarement appliquée à grande échelle dans l’espace francophone ouest-africain, contribue à professionnaliser la place et à rapprocher ses standards de ceux des marchés internationaux.

AFC, architecte d’une finance climatique africaine

Basée à Lagos, AFC s’est imposée depuis sa création en 2007 comme l’un des principaux véhicules de financement d’infrastructures sur le continent. L’institution multilatérale, qui revendique une notation investment grade, intervient en dette, en capital et en conseil sur des projets énergétiques, miniers, de transport et de télécommunications. Sa présence dans l’UEMOA s’est intensifiée ces dernières années, à mesure que les besoins en infrastructures bas-carbone se sont accrus en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Bénin.

En jouant le rôle d’arrangeur d’une obligation verte de projet, AFC apporte une expertise technique encore peu diffusée sur le marché régional. La structuration combine plusieurs couches d’analyse : sélection des actifs éligibles, second-party opinion délivrée par un évaluateur indépendant, ingénierie juridique pour l’isolement des flux et calibrage de la maturité en fonction de la durée de vie économique du projet. Ce savoir-faire conditionne la capacité de l’UEMOA à dupliquer ce type d’émission pour absorber les financements requis par les contributions déterminées au niveau national en matière climatique.

Un signal stratégique pour Abidjan et la BRVM

Pour la Côte d’Ivoire, première économie de l’UEMOA, l’opération s’inscrit dans une trajectoire plus large de positionnement comme hub financier régional. Abidjan a multiplié les initiatives autour de la finance durable, qu’il s’agisse de l’émission de titres souverains ESG ou du développement de cadres réglementaires favorables aux investissements bas-carbone. La présence d’un instrument de project finance vert renforce la profondeur du marché et offre aux compagnies d’assurance, fonds de pension et gestionnaires d’actifs locaux un sous-jacent rare.

Reste la question de la base d’investisseurs. Le marché de l’UEMOA demeure dominé par les banques commerciales et les institutions de prévoyance sociale, dont les mandats ESG sont en cours de formalisation. La capacité d’une telle obligation à attirer des capitaux internationaux, notamment européens et moyen-orientaux, dépendra de sa liquidité secondaire, du cadre fiscal applicable et de la robustesse du reporting d’impact. Les fonds souverains du Golfe, qui multiplient les engagements climatiques dans le cadre de leurs stratégies de diversification, pourraient constituer un débouché naturel.

Au-delà du symbole, cette première émission teste la résilience de l’écosystème régional : capacité des arrangeurs locaux à monter en compétence, appétit des investisseurs domestiques pour les maturités longues, qualité des actifs éligibles disponibles. Si l’expérience se réplique, l’UEMOA pourrait progressivement bâtir un segment vert structurant, susceptible d’absorber une part des besoins d’investissement estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars d’ici 2030 pour la transition énergétique ouest-africaine. Selon Financial Afrik, l’opération constitue bien la première obligation verte de financement de projet de l’histoire de la zone.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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