Le Ghana saisit l’UA contre les violences xénophobes en Afrique du Sud

Maasai performers in traditional attire at Africa Energy Summit, offering a cultural welcome to delegates.Photo : The Silvagraph / Pexels

Les violences xénophobes en Afrique du Sud prennent une dimension diplomatique inédite. Le Ghana a officiellement saisi l’Union africaine (UA) pour dénoncer la vague d’attaques visant les ressortissants étrangers du continent sur le sol sud-africain depuis la fin du mois de mars 2026. Le ministre ghanéen des Affaires étrangères a transmis une demande formelle d’inscription du dossier au prochain sommet de l’organisation panafricaine, programmé du 24 au 27 juin en Égypte. Selon un bilan provisoire, au moins sept personnes ont perdu la vie dans cette flambée de violences, dont les images circulent abondamment sur les réseaux sociaux.

Une offensive diplomatique ghanéenne assumée

La démarche d’Accra rompt avec la prudence habituelle des chancelleries africaines face à Pretoria. En portant le contentieux au niveau continental plutôt que de privilégier le canal bilatéral, le Ghana cherche à transformer un drame récurrent en sujet de gouvernance régionale. Le chef de la diplomatie ghanéenne a évoqué des attaques répétées contre les migrants africains, dénonçant un schéma qui se reproduit depuis plus d’une décennie sans réponse structurelle.

Ce choix tactique n’est pas anodin. En convoquant la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, Accra inscrit le débat dans un cadre juridique contraignant pour l’ensemble des États membres. La référence au texte adopté en 1981 à Banjul vise à dépasser la simple condamnation morale pour engager la responsabilité de l’Afrique du Sud devant ses pairs. Le calendrier choisi, à quelques semaines du sommet du Caire, force par ailleurs l’UA à se positionner publiquement.

Pretoria sous pression continentale

Pour les autorités sud-africaines, la séquence s’annonce délicate. Première puissance économique du continent et membre du G20, l’Afrique du Sud peine depuis des années à endiguer les poussées xénophobes qui ciblent les commerçants et travailleurs originaires du Nigeria, du Zimbabwe, du Mozambique, de la Somalie ou encore du Ghana. Les épisodes de 2008, 2015 et 2019 avaient déjà provoqué des tensions diplomatiques avec plusieurs capitales africaines, sans toutefois donner lieu à une saisine formelle de l’UA.

Le contexte de 2026 paraît plus inflammable. Les vidéos diffusées en ligne, qui montrent des scènes de lynchage et de pillage, ont déclenché une onde de choc dans les diasporas africaines. Plusieurs pays observent désormais avec attention la posture qu’adoptera Pretoria face à la requête ghanéenne. Un refus de voir le sujet inscrit à l’agenda du sommet exposerait le gouvernement sud-africain à un isolement diplomatique inédit sur la scène continentale.

Un test de crédibilité pour l’Union africaine

L’épisode constitue également une épreuve pour l’organisation panafricaine elle-même. Critiquée pour la lenteur de ses mécanismes de protection des droits humains et son incapacité chronique à sanctionner les manquements de ses membres, l’UA dispose pourtant d’instruments théoriquement opérationnels. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, basée à Banjul, peut être saisie de plaintes interétatiques. Le Conseil de paix et de sécurité, lui, peut placer un dossier à son ordre du jour lorsque la situation menace la stabilité régionale.

Reste que la libre circulation, pilier affiché de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) entrée en application en 2021, perd toute substance si les ressortissants africains restent exposés à des violences ciblées dans certains États membres. Le paradoxe est d’autant plus criant que l’Afrique du Sud figure parmi les principaux promoteurs de l’intégration économique du continent. Plusieurs analystes pointent l’écart grandissant entre les engagements pris à Addis-Abeba et la réalité vécue par les migrants intra-africains.

Pour le Ghana, la démarche comporte aussi une dimension intérieure. Confronté à une opinion publique sensible au sort de ses ressortissants à l’étranger, le gouvernement d’Accra entend afficher sa fermeté tout en s’appuyant sur des canaux multilatéraux pour éviter l’escalade bilatérale. La réponse qu’apportera le sommet du Caire, fin juin, permettra de mesurer la capacité réelle de l’UA à arbitrer un différend politiquement sensible entre deux poids lourds du continent. Selon RFI Afrique.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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