Le taux de l’usure applicable aux institutions de microfinance de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) sera ramené à 24 % au 1er juin, contre 27 % auparavant. La décision, prise par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), traduit la volonté du régulateur monétaire de contenir le coût du crédit dans un secteur devenu central pour le financement des ménages modestes et des très petites entreprises de la sous-région. Cette baisse de trois points concerne les huit pays membres de l’union : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.
Un plafond resserré pour la microfinance ouest-africaine
Le taux de l’usure correspond au plafond légal au-delà duquel un prêt est considéré comme abusif. Pour les systèmes financiers décentralisés, communément désignés sous l’appellation d’institutions de microfinance, ce seuil encadre la rémunération maximale que l’établissement peut exiger de ses clients, tous frais compris. En le ramenant à 24 %, la BCEAO réduit mécaniquement la marge d’intérêt pouvant être pratiquée par les caisses, mutuelles et sociétés anonymes spécialisées dans la distribution de microcrédits.
L’écart entre le plafond appliqué aux banques classiques, fixé à 15 %, et celui réservé à la microfinance demeure important. Il s’explique par la structure de coûts spécifique à ce segment : montants unitaires faibles, dispersion géographique de la clientèle, frais de recouvrement élevés et risque de défaut souvent supérieur à celui de la clientèle bancaire traditionnelle. La nouvelle borne tente de concilier la viabilité économique des opérateurs et la protection des emprunteurs, dont une part significative relève du secteur informel.
Inclusion financière et soutenabilité du modèle
La microfinance occupe une place déterminante dans le paysage financier de l’UMOA. Plusieurs millions de bénéficiaires y recourent pour financer un fonds de roulement, une activité agricole, un équipement productif ou des dépenses sociales. Le Sénégal, le Mali et la Côte d’Ivoire concentrent l’essentiel des encours de la zone, avec des réseaux mutualistes solidement implantés en milieu rural et péri-urbain. Pour ces clientèles, chaque point de pourcentage gagné sur le coût du crédit pèse directement sur la trésorerie et la capacité d’investissement.
Reste que la mesure soulève un débat récurrent au sein de la profession. Les fédérations sectorielles redoutent qu’une compression rapide des taux n’érode la rentabilité des structures les plus fragiles, en particulier celles qui opèrent dans des zones reculées où le coût de distribution est le plus élevé. Plusieurs études menées par la BCEAO et par des bailleurs internationaux ont déjà souligné la sensibilité du modèle aux variations du plafond d’usure, certains acteurs étant proches de leur point d’équilibre opérationnel.
L’Institut d’émission table toutefois sur des gains de productivité, notamment grâce à la digitalisation, pour absorber la baisse. La généralisation des paiements mobiles, l’usage accru du scoring automatisé et la mutualisation des plateformes informatiques entre établissements doivent réduire les frais de gestion et compenser la contraction des marges. Plusieurs réseaux ont déjà engagé des investissements significatifs dans ces outils ces dernières années.
Une décision en phase avec la trajectoire monétaire régionale
La révision du taux d’usure s’inscrit dans un contexte de stabilisation des conditions monétaires au sein de l’UMOA. Après plusieurs relèvements de ses taux directeurs entre 2022 et 2023 destinés à contenir les pressions inflationnistes, la BCEAO a engagé une normalisation progressive. La baisse du plafond destiné à la microfinance prolonge cette logique en transmettant aux clientèles non bancarisées une partie du desserrement amorcé sur le marché monétaire régional.
La décision pourrait également peser sur la concurrence entre établissements. Les acteurs de grande taille, dotés de bilans diversifiés et d’une assise technologique avancée, devraient s’adapter sans heurts. À l’inverse, les structures de petite dimension, davantage exposées aux frais fixes, devront accélérer leur transformation ou envisager des rapprochements. Le superviseur sous-régional surveillera de près l’évolution de leur ratio de viabilité au cours des prochains trimestres.
Au-delà de son impact immédiat sur les emprunteurs, le plafond de 24 % donne un signal politique : celui d’une régulation soucieuse de pérenniser l’accès au crédit tout en encadrant les dérives tarifaires constatées dans certains segments. La période de transition de six mois généralement accordée aux opérateurs pour mettre à jour leurs grilles devrait permettre une bascule ordonnée. Selon PressAfrik, la mesure entre en vigueur dès le 1er juin sur l’ensemble du territoire de l’union.
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