Audit environnemental de GCO au Sénégal : un conflit d’intérêts dénoncé

A striking aerial view of a large open-pit mine showcasing its excavation patterns.Photo : Volker Braun / Pexels

L’audit environnemental de GCO au Sénégal se trouve au cœur d’une controverse qui dépasse le simple cadre technique. La Grande Côte Opérations, filiale du groupe minier français Eramet, exploite depuis 2014 les sables minéralisés du littoral nord, sur une concession qui s’étend sur près de 106 kilomètres entre Diogo et Lompoul. Cette activité, parmi les plus capitalistiques du secteur extractif sénégalais, doit faire l’objet d’un audit indépendant destiné à mesurer l’impact réel de la mine sur les écosystèmes côtiers et les communautés riveraines. Or la procédure d’attribution de cet audit suscite désormais des réserves publiques.

Un cabinet d’audit dans la ligne de mire

Les critiques portent sur la nature des relations antérieures entre le cabinet retenu pour conduire l’évaluation et la société minière elle-même. Plusieurs voix, issues de la société civile environnementale et de riverains de la concession, estiment qu’un prestataire ayant déjà travaillé pour le compte de l’opérateur ne saurait offrir les garanties d’indépendance attendues d’un audit officiel. La question est d’autant plus sensible que les conclusions du document doivent éclairer les autorités sur la conformité des activités extractives aux engagements environnementaux souscrits par GCO.

Cette mise en cause intervient dans un climat où l’opinion sénégalaise réclame une plus grande exigence à l’égard des compagnies minières. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye en 2024, la doctrine officielle insiste sur la souveraineté des ressources et la rigueur des contrôles imposés aux investisseurs étrangers. Le secteur des sables minéralisés, riche en zircon, ilménite et rutile, constitue à ce titre un cas d’école. La mine de la Grande Côte figure parmi les plus grands gisements de minéraux de plage au monde et représente une part significative des recettes d’exportation minières du pays.

Eramet, un acteur stratégique sous surveillance

Pour le groupe Eramet, qui contrôle GCO via sa branche dédiée aux sables minéralisés, l’enjeu réputationnel est de premier ordre. Le minier français a fait du site sénégalais l’un des piliers de sa stratégie africaine, aux côtés de ses opérations gabonaises sur le manganèse. Toute fragilisation de la légitimité environnementale de la concession pourrait peser sur les relations avec l’État actionnaire, qui détient une participation minoritaire dans la coentreprise, et sur le calendrier d’exploitation des nouveaux fronts miniers prévus le long du littoral.

Les griefs formulés par les communautés locales ne datent pas d’hier. Déplacements de villages, modification du couvert végétal, pression sur les ressources en eau : depuis le démarrage de la mine, plusieurs rapports d’organisations citoyennes ont alerté sur les externalités d’une exploitation qui avance par tronçons successifs. L’audit en cours était précisément conçu pour trancher ces controverses sur des bases scientifiques. Sa crédibilité est donc indissociable de l’indépendance du cabinet sélectionné.

Un test pour la gouvernance minière sénégalaise

Au-delà du cas GCO, l’affaire interroge la maturité du dispositif de contrôle environnemental sénégalais. Le ministère en charge de l’Environnement et la Direction des Mines disposent d’un arsenal réglementaire fondé sur le code minier de 2016 et sur les obligations d’études d’impact. Reste que l’efficacité de ces outils dépend de la capacité de l’administration à imposer des prestataires véritablement neutres, dans un marché de l’expertise environnementale relativement étroit en Afrique de l’Ouest.

Les autorités sénégalaises sont attendues sur plusieurs fronts. Confirmer ou infirmer la régularité de la procédure d’attribution constituera un premier signal. Au-delà, la publication intégrale du rapport, une fois remis, sera scrutée comme un test de transparence. Les bailleurs internationaux, au premier rang desquels la Banque africaine de développement et l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), suivent avec attention l’évolution du dossier.

Pour les investisseurs miniers présents sur la côte sénégalaise, le message est clair. La période où l’évaluation environnementale pouvait s’apparenter à une formalité administrative semble révolue. La pression citoyenne, relayée par une presse vigilante, impose désormais de renforcer la traçabilité des audits et l’indépendance des cabinets mandatés. Selon PressAfrik, les soupçons pesant sur l’évaluation en cours pourraient conduire à un réexamen de la procédure.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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