Alger reçoit le chef d’Africom et le numéro deux du Département d’État

A stunning aerial view of Algiers cityscape at sunrise with a golden sky.Photo : Yassine Boukhenifra / Pexels

La capitale algérienne a accueilli, depuis le 27 avril, une double visite officielle américaine de premier rang. Christopher Landau, secrétaire d’État adjoint, et le général Dagvin Anderson, commandant de l’United States Africa Command (Africom), sont arrivés séparément à Alger pour une séquence inédite. Pour l’un comme pour l’autre, il s’agit d’un premier déplacement dans le pays depuis leur prise de fonctions. La concomitance de ces agendas, civil et militaire, traduit la volonté de Washington de densifier son dialogue avec une puissance régionale longtemps perçue comme distante.

Une convergence diplomatique et militaire assumée

Le choix de coordonner la venue du numéro deux du Département d’État et celle du chef d’Africom n’a rien d’anodin. Il dessine, en creux, l’architecture du partenariat que les deux capitales souhaitent consolider : un volet politique et économique conduit côté américain par le département dirigé par Marco Rubio, et un volet sécuritaire piloté depuis Stuttgart, où l’Africom a son quartier général. Cette double entrée permet d’aborder simultanément le commerce, l’investissement et la coopération militaire, sans cloisonner les dossiers.

Pour Alger, recevoir ces deux interlocuteurs au cours de la même semaine offre une visibilité diplomatique précieuse. La diplomatie algérienne, qui revendique une posture de non-alignement et entretient des relations historiques avec Moscou, cherche depuis plusieurs années à rééquilibrer ses partenariats. Les déplacements ministériels américains de ces derniers mois, à l’image de celui du secrétaire d’État Antony Blinken sous l’administration précédente, avaient déjà préparé le terrain. La séquence en cours s’inscrit dans cette continuité.

Sécurité au Sahel : un dossier au cœur des échanges

La présence du général Anderson à Alger renvoie inévitablement à la dégradation sécuritaire du Sahel. Depuis le retrait des forces françaises et la reconfiguration du dispositif américain au Niger, où la base de drones d’Agadez a été évacuée, Washington cherche de nouveaux relais régionaux pour suivre les mouvements des groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. L’Algérie, qui partage près de 1 400 kilomètres de frontière avec le Mali et déploie une expertise reconnue en matière de contre-terrorisme, devient un interlocuteur incontournable.

Le commandement d’Africom n’opère pas de bases sur le sol algérien et n’en revendique pas. Mais le partage de renseignement, la formation des cadres et la lutte contre les trafics transsahariens constituent autant de chantiers possibles. Alger défend de longue date une doctrine stricte de non-ingérence, attachée au principe du règlement africain des crises africaines. Les discussions avec Anderson devraient donc s’inscrire dans ce cadre, sans déboucher sur une coopération opérationnelle visible.

Hydrocarbures, investissements et diversification économique

Le volet porté par Christopher Landau se concentre sur les leviers économiques. L’Algérie, troisième fournisseur de gaz de l’Union européenne, attire l’attention des majors américaines, à commencer par ExxonMobil et Chevron, qui ont signé en 2023 et 2024 des protocoles d’exploration avec la compagnie nationale Sonatrach. La nouvelle loi sur les hydrocarbures, adoptée en 2019 puis amendée, vise précisément à attirer les capitaux étrangers dans un secteur qui pèse encore près de 90 % des recettes d’exportation du pays.

Au-delà des seuls hydrocarbures, Washington pousse pour une diversification du partenariat vers les énergies renouvelables, les industries pharmaceutiques et le numérique. La présidence algérienne d’Abdelmadjid Tebboune affiche un objectif d’exportations hors hydrocarbures porté à 13 milliards de dollars à l’horizon 2027. La rencontre avec Landau pourrait servir à baliser des coopérations dans ces secteurs, à mesure que les sanctions américaines contre la Russie compliquent certains équipements stratégiques jusque-là achetés à Moscou.

Un calibrage diplomatique sous contrainte régionale

Reste l’arrière-plan régional. Les tensions persistantes avec le Maroc, allié majeur non-OTAN des États-Unis, et le dossier du Sahara occidental compliquent l’équation pour Washington. Toute avancée bilatérale avec Alger est scrutée à Rabat. La diplomatie américaine doit donc avancer sans heurter ses partenariats existants, en jouant sur les complémentarités plutôt que sur les arbitrages frontaux. La séquence Landau-Anderson témoigne d’un savoir-faire de mise en scène diplomatique, où chaque visite répond à une grille d’intérêts soigneusement calibrée.

Selon RFI Afrique, c’est bien ce double objectif, économique et sécuritaire, qui structure la feuille de route américaine à Alger.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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