L’Algérie reprend pied au Sahel à la faveur des revers maliens

High-angle view of Algiers features bustling traffic, historic architecture, and vibrant city life.Photo : Adem / Pexels

L’Algérie reprend une place centrale dans le jeu sahélien. Les difficultés persistantes de la junte au pouvoir à Bamako face aux groupes insurgés du nord et du centre du Mali offrent à Alger l’occasion de réinvestir un terrain diplomatique dont elle avait été progressivement écartée. Après plusieurs années de tensions ouvertes avec les autorités de transition maliennes, la diplomatie algérienne se voit à nouveau sollicitée comme interlocuteur, dans une région où le vide laissé par le départ des forces françaises et onusiennes n’a pas été comblé.

Un retour porté par l’enlisement militaire de la junte malienne

Les revers essuyés par les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs supplétifs russes face aux insurgés touaregs et aux groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique ont changé la donne. La perte de contrôle de zones entières du Nord, la multiplication des attaques contre les axes logistiques et l’incapacité à sécuriser durablement les grandes agglomérations affaiblissent le récit officiel d’une reconquête militaire. Cet essoufflement contraint Bamako à reconsidérer ses options, alors même que le partenariat avec Moscou, via les mercenaires de l’ex-groupe Wagner devenu Africa Corps, n’a pas produit les résultats stratégiques escomptés.

Dans ce contexte, Alger fait valoir son atout structurel : près de 1 400 kilomètres de frontière commune avec le Mali, une connaissance fine des dynamiques touarègues et un savoir-faire ancien en matière de médiation. L’accord d’Alger de 2015, dénoncé par la junte malienne en janvier 2024, avait pourtant constitué pendant près d’une décennie le cadre de référence du processus de paix avec les mouvements du nord. Sa rupture avait précipité l’éloignement entre les deux capitales et permis à d’autres acteurs, notamment le Maroc et la Turquie, de s’engouffrer dans la brèche.

Une diplomatie algérienne en reconfiguration régionale

Le repositionnement d’Alger ne se limite pas au dossier malien. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de reconquête d’influence dans son voisinage immédiat, après plusieurs revers diplomatiques. La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, suivie de leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) en janvier 2025, a redessiné la carte régionale au détriment des puissances traditionnellement médiatrices. Pour Alger, l’enjeu consiste à éviter d’être confinée à son flanc maghrébin pendant que Rabat avance ses pions, notamment via l’Initiative atlantique proposée aux États sahéliens enclavés.

La diplomatie algérienne mise sur plusieurs leviers concrets. Le commerce transfrontalier, la coopération sécuritaire contre les trafics, l’approvisionnement énergétique et la gestion des flux migratoires constituent autant de dossiers où l’interdépendance avec Bamako reste forte. La présence de communautés touarègues de part et d’autre de la frontière confère par ailleurs à Alger un rôle d’arbitre que peu d’acteurs peuvent revendiquer avec la même légitimité historique.

Un équilibre régional encore instable

Reste que ce retour en grâce demeure fragile. La junte du colonel Assimi Goïta, arrivée au pouvoir par les coups de force de 2020 et 2021, a fait de la souveraineté militaire un pilier de sa rhétorique et se montre réticente à toute médiation perçue comme une ingérence. Les autorités maliennes oscillent entre la nécessité pragmatique de dialoguer avec leurs voisins et la crainte d’apparaître affaiblies devant leur opinion publique. Toute reprise du dialogue avec Alger devra composer avec cette équation politique interne.

Les acteurs extérieurs observent cette recomposition avec attention. Pour les chancelleries occidentales, un retour algérien peut représenter un canal de discussion utile dans une région où leurs propres relais sont taris. Moscou, en revanche, surveille de près toute évolution susceptible de réduire son emprise sur Bamako. La Turquie, qui a renforcé ses ventes de drones Bayraktar aux pays de l’AES, et les monarchies du Golfe, attentives aux opportunités économiques, complètent un tableau où Alger devra démontrer sa capacité à transformer l’essai.

Le pari algérien repose sur une conviction : sans solution politique négociée avec les communautés du nord du Mali, aucune stabilisation durable n’est envisageable. Les prochains mois diront si Bamako accepte ce diagnostic. Selon Le Monde Afrique.

Pour aller plus loin

Mali : Africa Corps affirme avoir déjoué une tentative de coup d’État · L’AES réagit a minima aux attaques jihadistes et touarègues au Mali · Mali : Paris observe en silence la crise sécuritaire qui s’aggrave

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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