Y en a marre lance Taxawu Saytu pour évaluer l’action publique au Sénégal

A group of people walking down a sunny street in Pikine, Dakar, Senegal, showcasing urban life.Photo : Amaury Michaux / Pexels

L’initiative Taxawu Saytu, portée par le mouvement Y en a marre, entend inscrire l’évaluation citoyenne au cœur du débat public sénégalais. Dans un entretien au quotidien L’Observateur, Abdou Khafor Kandji, vice-coordonnateur du collectif, a précisé les attentes de l’organisation à l’égard des autorités issues de l’alternance de mars 2024. Le message est clair : la mobilisation populaire qui a porté le régime du président Bassirou Diomaye Faye doit désormais se prolonger par une exigence de résultats et de transparence.

Née au début des années 2010 dans le sillage de la contestation du troisième mandat d’Abdoulaye Wade, Y en a marre s’est imposée comme l’une des voix citoyennes les plus écoutées du pays. Avec Taxawu Saytu, expression wolof que l’on peut traduire par « se lever pour surveiller », le mouvement franchit une nouvelle étape. Il ne s’agit plus seulement d’interpeller, mais d’installer un mécanisme structuré de suivi des politiques publiques.

Une évaluation citoyenne érigée en contre-pouvoir

L’initiative Taxawu Saytu se veut un outil d’appréciation indépendante de l’action gouvernementale. Pour Abdou Khafor Kandji, l’enjeu dépasse la simple observation. Le mouvement souhaite que les autorités acceptent le principe d’une évaluation régulière, contradictoire et documentée, portée par des acteurs non partisans. Cette démarche s’inscrit dans une tradition de vigilance démocratique qui a fait de la société civile sénégalaise l’une des plus actives d’Afrique de l’Ouest.

Le vice-coordonnateur rappelle que le pouvoir actuel a bénéficié d’un soutien populaire massif sur la promesse d’une rupture avec les pratiques des régimes précédents. Les engagements pris en matière de gouvernance, de lutte contre la corruption et de souveraineté économique doivent, selon lui, se traduire par des actes vérifiables. Taxawu Saytu ambitionne précisément d’éclairer l’écart entre les discours et les réalisations.

Les attentes concrètes du mouvement envers le pouvoir

Y en a marre attend des nouvelles autorités une disponibilité au dialogue et une ouverture aux critiques formulées par les acteurs citoyens. Abdou Khafor Kandji insiste sur la nécessité, pour l’exécutif, de ne pas confondre soutien électoral et blanc-seing politique. La légitimité des urnes, souligne-t-il en substance, n’exonère pas d’un contrôle démocratique continu.

Le collectif met également en avant la question de l’accès à l’information publique. Sans données fiables et régulièrement publiées, toute démarche d’évaluation citoyenne se heurte à un mur d’opacité. Le mouvement plaide donc pour une application effective des dispositifs garantissant la transparence budgétaire et la traçabilité des marchés publics. Cette exigence rejoint les standards promus par les partenaires internationaux du Sénégal en matière de bonne gouvernance.

Autre point mis en avant : la préservation des libertés publiques. Y en a marre, qui a connu par le passé des épisodes de tensions avec les autorités, tient à rappeler que l’espace civique doit rester ouvert. Le droit de manifester, la liberté de la presse et la protection des lanceurs d’alerte figurent au rang des marqueurs que le mouvement entend suivre de près dans le cadre de Taxawu Saytu.

Un test pour la relation entre société civile et nouveau régime

La démarche du collectif intervient à un moment charnière. Le gouvernement dirigé par Ousmane Sonko doit composer avec des chantiers économiques lourds, qu’il s’agisse de la renégociation des contrats extractifs, de la maîtrise de la dette publique ou du lancement des premiers barils issus du champ pétrolier de Sangomar. Chacun de ces dossiers constitue un terrain privilégié d’observation pour Taxawu Saytu.

La tonalité adoptée par Abdou Khafor Kandji évite la confrontation frontale. Le vice-coordonnateur se montre soucieux de maintenir un canal de discussion avec les autorités, tout en refusant toute posture de complaisance. Cette ligne de crête, entre compagnonnage critique et indépendance revendiquée, déterminera la portée réelle de l’initiative dans les prochains mois.

Reste que le succès de Taxawu Saytu dépendra aussi de la capacité du mouvement à fédérer d’autres organisations citoyennes autour de ses indicateurs. À Dakar comme dans les régions, plusieurs structures travaillent déjà sur le suivi des politiques sectorielles. Une mutualisation des efforts pourrait donner à l’évaluation citoyenne un poids inédit face à l’appareil d’État sénégalais. Selon PressAfrik.

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About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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