Le dispositif de dédouanement numérique des terminaux mobiles entré en vigueur au Cameroun le 1er avril 2026 affronte sa première épreuve de force. Dans un communiqué daté du 27 avril, le ministre des Finances Louis Paul Motazé indique que 700 000 téléphones portables se sont connectés pour la première fois aux réseaux locaux durant les vingt-cinq premiers jours d’application de la réforme, sans qu’aucun droit de douane n’ait été acquitté. Le constat met en lumière la résistance d’une partie des importateurs à un mécanisme conçu pour endiguer la contrebande et reconstituer une assiette fiscale érodée depuis deux décennies.
Une réforme contournée dès ses premières semaines
Le nouveau dispositif douanier devait verrouiller l’accès aux réseaux mobiles à tout terminal n’ayant pas franchi régulièrement les guichets de la direction générale des douanes. Avant son déploiement, les importateurs avaient été invités à transmettre l’inventaire de leurs stocks afin de fluidifier la régularisation. Plusieurs opérateurs du secteur ont préféré écouler leurs marchandises directement sur le marché, pariant sur une mise en route progressive du contrôle automatisé. Le pari s’est partiellement vérifié pendant la phase de transition, le système ayant suspendu le blocage immédiat afin d’accompagner la pédagogie auprès des distributeurs et des consommateurs.
Cette tolérance ne sera pas reconduite. Louis Paul Motazé fixe au 30 avril 2026 la date butoir pour une régularisation sans pénalité financière. Au-delà, les appareils importés en contrebande seront déconnectés des réseaux sans préavis supplémentaire, conformément au schéma initial de la réforme. La menace vise tout autant les grossistes qui ont anticipé en inondant le marché que les utilisateurs finaux ayant acquis ces terminaux en toute bonne foi.
Des recettes douanières divisées par vingt en deux décennies
L’enjeu budgétaire éclaire la fermeté affichée par le département des Finances. Selon les chiffres communiqués par les services douaniers, les prélèvements opérés sur l’importation de téléphones portables atteignaient 2 milliards de FCFA par mois au début des années 2000. Ils plafonnent désormais à 100 millions de FCFA mensuels, soit une chute de l’ordre de 95 % en valeur. L’écart traduit l’essor d’un commerce parallèle alimenté par les achats en zone franche, les filières informelles d’Afrique centrale et la circulation transfrontalière non déclarée de stocks venus d’Asie.
La réforme de dédouanement numérique ambitionne de porter l’enveloppe annuelle à au moins 25 milliards de FCFA. L’objectif s’inscrit dans la stratégie plus large d’élargissement de la base fiscale poursuivie par Yaoundé pour soutenir l’équilibre du budget de l’État dans un contexte régional de tension sur les ressources publiques. Le mécanisme repose sur un appariement entre les bases de données des douanes et celles des opérateurs de téléphonie, sur le modèle déjà déployé au Kenya, en Égypte ou en Côte d’Ivoire avec des résultats variables.
Bras de fer entre l’État et les importateurs
Le différend dépasse la seule question fiscale. Il interroge la capacité de l’administration camerounaise à imposer une discipline numérique à un secteur dominé par quelques grossistes et un tissu dense de revendeurs informels. Le succès de la réforme dépendra de la coopération effective des opérateurs mobiles, MTN, Orange et Camtel, qui détiennent les leviers techniques permettant de bloquer les identifiants des terminaux non conformes. Les ajustements opérationnels des prochaines semaines testeront la robustesse de cette architecture interinstitutionnelle.
Reste l’équation politique. Une application brutale du blocage à compter du 1er mai 2026 risquerait de pénaliser des dizaines de milliers de consommateurs ayant acheté leur appareil sans connaître son statut douanier. À l’inverse, une indulgence prolongée signerait l’échec d’une réforme attendue depuis des années par la direction générale des douanes. Le calibrage de la sanction, plus que son principe, conditionnera la crédibilité du dispositif. Selon Investir au Cameroun, le ministre des Finances entend trancher au plus tard à l’expiration du délai fixé.
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