Free roaming : le Sénégal, le Togo et le Bénin abolissent les frais

African woman in polka dot shirt talking on mobile phone during studio photo shoot.Photo : Ila Bappa Ibrahim / Pexels

Le free roaming devient réalité entre trois pays d’Afrique de l’Ouest. Les régulateurs des télécommunications du Sénégal, du Togo et du Bénin ont officialisé, le vendredi 24 avril à Lomé, l’entrée en vigueur d’un mécanisme qui supprime les frais d’itinérance mobile sur les liaisons Sénégal-Togo et Sénégal-Bénin. L’annonce a été faite en marge de la 23e assemblée générale de l’Association des régulateurs des télécommunications de l’Afrique de l’Ouest (ARTAO), qui réunit les douze États de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Mauritanie.

Concrètement, un abonné sénégalais en déplacement à Lomé ou à Cotonou doit pouvoir émettre des appels, recevoir des communications et utiliser ses données mobiles aux conditions tarifaires de son forfait domestique, sans facturation additionnelle de roaming. Le principe vaut en miroir pour les usagers togolais et béninois se rendant à Dakar. Cette suppression met fin à des surcoûts qui pénalisaient depuis longtemps les voyageurs d’affaires, les commerçants transfrontaliers et les diasporas régionales.

Une brique opérationnelle pour le marché unique numérique ouest-africain

L’initiative s’inscrit dans le projet d’espace numérique commun porté de longue date par la CEDEAO. Plusieurs textes communautaires encadrent depuis une décennie l’objectif d’un roaming régional à coût maîtrisé, mais la traduction effective sur les réseaux des opérateurs est restée inégale. En passant par un accord trilatéral immédiatement applicable, Dakar, Lomé et Cotonou choisissent la voie de la coalition pragmatique plutôt que celle, plus lente, de l’harmonisation à quinze.

Pour les autorités sectorielles, l’enjeu dépasse la facture mobile. Il s’agit de fluidifier les échanges économiques entre des pays dont les économies restent fortement interconnectées par les flux commerciaux et migratoires. Un cadre tarifaire prévisible facilite l’usage continu des services bancaires mobiles, des plateformes logistiques et des applications administratives, lesquelles supposent une connectivité ininterrompue de part et d’autre des frontières. Le Sénégal apparaît ici en pivot, tissant simultanément deux liaisons bilatérales avec le golfe de Guinée.

Pression tarifaire sur les opérateurs et arbitrages techniques

La mise en œuvre repose sur les opérateurs présents dans les trois pays, au premier rang desquels Sonatel au Sénégal, Moov Africa et Togocom au Togo, ainsi que MTN et Moov Africa au Bénin. Le free roaming impose une refonte des accords d’interconnexion internationale et un partage révisé des revenus entre opérateurs visités et opérateurs d’origine. Les régulateurs encadrent généralement ces dispositifs par des plafonds de volumes gratuits au-delà desquels une tarification de gros peut s’appliquer, afin d’éviter les usages d’arbitrage permanent.

Pour les groupes télécoms, l’équation est ambivalente. La perte de marges sur l’itinérance, longtemps considérée comme un revenu accessoire à forte valeur unitaire, est partiellement compensée par l’augmentation attendue du trafic et par un effet d’usage sur les forfaits data. À l’échelle régionale, les bénéfices se mesurent surtout en effets indirects, à travers la stimulation des services numériques et l’attractivité du tissu économique transfrontalier.

Un signal politique au moment où la CEDEAO se reconfigure

Le calendrier de l’annonce n’est pas neutre. Alors que l’AES, formée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, a acté son retrait de la CEDEAO, l’organisation régionale cherche à consolider les chantiers d’intégration tangibles. Le free roaming, par sa visibilité auprès du grand public, constitue un argument concret en faveur d’un espace économique commun. Que le Togo, le Bénin et le Sénégal ouvrent la voie envoie un signal aux autres capitales sur la faisabilité d’avancées rapides hors des cadres multilatéraux les plus larges.

Reste à observer la qualité de service effective sur le terrain, la rapidité d’activation par les opérateurs et l’éventuel élargissement du dispositif à la Côte d’Ivoire, au Ghana ou au Nigeria, marchés télécoms parmi les plus denses de la sous-région. Le précédent posé à Lomé pourrait servir de modèle reproductible, à condition que les régulateurs maintiennent une supervision serrée des conditions tarifaires de gros. Selon Financial Afrik.

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About the Author

Prosper Mbouma
Journaliste économique spécialisé dans les télécommunications et la souveraineté numérique. Ancien correspondant pour plusieurs publications panafricaines, Prosper Mbouma suit depuis une décennie les stratégies des opérateurs mobiles, les politiques spectrales et l'infrastructure numérique de l'Afrique francophone. Il analyse régulièrement les implications géopolitiques de la 5G et des câbles sous-marins.

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