Cameroun : le rachat de Globeleq ouvre la voie à de nouveaux contrats

A power plant with smokestack on a sandy coastline, showcasing industrial architecture.Photo : Joseph Russo / Pexels

Le secteur électrique camerounais s’apprête à connaître une recomposition majeure. Le rachat des actifs détenus par Globeleq au Cameroun, producteur indépendant d’électricité (IPP) opérant les centrales thermiques de Kribi Power Development Company (KPDC) et de Dibamba Power Development Company (DPDC), devrait servir de levier à une renégociation des contrats d’achat d’électricité conclus de longue date avec l’État. L’opération intervient à un moment où les finances du secteur, fragilisées par les arriérés croisés entre l’opérateur public Eneo et les producteurs privés, exigent un nouvel équilibre contractuel.

Une transaction qui rebat les cartes de la production thermique

Globeleq, contrôlé par le britannique British International Investment et le norvégien Norfund, exploite au Cameroun deux unités stratégiques. La centrale à gaz de Kribi, d’une capacité d’environ 216 MW, et celle de Dibamba, alimentée au fioul lourd avec près de 88 MW installés, comptent parmi les piliers de la fourniture nationale, en particulier durant les périodes d’étiage où l’hydroélectricité décline. Leur cession à un nouvel acquéreur ouvre mécaniquement la voie à une révision des engagements pris au moment de leur mise en service, voilà plus d’une décennie.

Les contrats de type Power Purchase Agreement (PPA) liant KPDC et DPDC à Eneo, distributeur historique, ont été conclus à des conditions tarifaires jugées coûteuses par Yaoundé. Le coût du kilowattheure thermique, indexé sur les prix des combustibles, pèse lourdement sur la structure financière d’Eneo, dont les impayés vis-à-vis des IPP ont régulièrement dépassé plusieurs dizaines de milliards de francs CFA ces dernières années.

Une fenêtre de renégociation que l’État entend exploiter

Le changement d’actionnariat constitue, en droit comme en pratique, une opportunité pour le gouvernement camerounais de remettre les compteurs à zéro. Toute opération de cession d’actifs régulés nécessite généralement l’aval des autorités, et notamment de l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (ARSEL). Cette validation peut être conditionnée à l’ouverture de discussions sur les volumes garantis, la durée résiduelle des contrats, le mécanisme d’indexation tarifaire ou encore la prise en charge des coûts de maintenance lourde.

Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse la seule question budgétaire. Le gouvernement ambitionne de faire basculer le mix électrique vers une plus grande part d’hydroélectricité, avec la montée en charge progressive du barrage de Nachtigal (420 MW), entré en service par étapes. Dans ce schéma, les centrales thermiques de Globeleq sont appelées à jouer un rôle de pointe et de secours, davantage qu’un rôle de base. Ce repositionnement industriel justifierait une refonte de la structure des paiements de capacité.

Un test pour l’attractivité du secteur énergétique camerounais

Reste que l’exercice est délicat. Les bailleurs internationaux et les futurs repreneurs scrutent la manière dont l’État honorera les engagements antérieurs et négociera les nouveaux. Un durcissement excessif des conditions risquerait d’envoyer un signal défavorable aux investisseurs étrangers dans un secteur où le Cameroun cherche précisément à attirer des capitaux pour combler son déficit de production, estimé à plusieurs centaines de mégawatts en pointe.

À l’inverse, un compromis bien calibré permettrait de réduire la facture pesant sur Eneo, d’assainir les flux financiers entre acteurs publics et privés et de redonner de la visibilité à un secteur que les agences de notation surveillent de près. Plusieurs investisseurs régionaux et internationaux, parmi lesquels des fonds d’infrastructure africains et des opérateurs du Golfe, sont cités comme potentiels candidats au rachat des actifs cédés par Globeleq.

Concrètement, la réussite de l’opération dépendra de la capacité des parties à articuler trois exigences : la soutenabilité financière pour l’État et son distributeur, la rentabilité minimale pour le nouvel actionnaire et la sécurisation de l’approvisionnement pour les industriels camerounais, premiers consommateurs de l’électricité produite par KPDC et DPDC. Les prochains mois diront si Yaoundé parvient à transformer ce changement de propriétaire en véritable réinitialisation contractuelle. Selon Financial Afrik, la renégociation des contrats apparaît comme la contrepartie logique de la transaction en cours.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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