À Madagascar, la junte au pouvoir resserre son emprise sur les minerais stratégiques, terres rares en tête, dans l’espoir de transformer la rente extractive en levier de redressement économique. Le gouvernement de transition, issu de la prise de pouvoir militaire, multiplie les annonces visant à accroître la part de l’État dans la valorisation des ressources du sous-sol. Cette inflexion intervient au moment même où le groupe japonais Sumitomo a confirmé, le 1ᵉʳ mai, son retrait du pays, jetant un froid sur la communauté des investisseurs internationaux.
Un virage souverainiste sur les terres rares malgaches
La Grande Île figure parmi les territoires africains les plus convoités pour ses gisements de nickel, de cobalt, d’ilménite, de graphite et, surtout, de terres rares. Ces métaux entrent dans la fabrication des aimants permanents, des batteries et des composants électroniques qui structurent la transition énergétique mondiale. Pour les nouvelles autorités d’Antananarivo, l’enjeu consiste à capter davantage de revenus fiscaux et à imposer une plus grande transformation locale, à rebours du modèle d’exportation brute qui a longtemps prévalu.
Le discours officiel articule deux objectifs. D’abord, renégocier les conventions signées sous les régimes précédents, jugées trop favorables aux opérateurs étrangers. Ensuite, réviser le code minier pour relever les redevances et conditionner l’octroi de nouveaux permis à des engagements industriels sur le sol malgache. Cette ligne souverainiste s’inscrit dans une tendance africaine plus large, du Mali à la Guinée en passant par le Niger, où les juntes au pouvoir ont fait du contrôle des matières premières un marqueur politique.
Le retrait de Sumitomo, un signal préoccupant pour les investisseurs
L’annonce du départ de Sumitomo Corporation, actionnaire historique du projet de nickel et de cobalt d’Ambatovy, est intervenue au pire moment pour le pouvoir de transition. Le conglomérat japonais avait engagé plusieurs milliards de dollars dans cet actif, l’un des plus grands investissements industriels jamais réalisés à Madagascar. Son désengagement, motivé par la dégradation de la rentabilité et l’incertitude réglementaire, fragilise la crédibilité du discours officiel sur l’attractivité retrouvée du pays.
Pour les analystes du secteur, ce départ ne relève pas seulement d’une décision financière. Il traduit aussi la prudence des grands groupes asiatiques face à un environnement politique instable, marqué par la suspension de l’ordre constitutionnel et par les doutes pesant sur l’indépendance des juridictions commerciales. Reste que la junte affiche une posture décomplexée, présentant chaque renégociation comme une victoire patriotique plutôt que comme un facteur de risque souverain.
Une équation économique sous tension
Madagascar tire historiquement une part significative de ses recettes d’exportation du secteur extractif. Pourtant, la contribution fiscale du secteur reste modeste au regard du potentiel géologique, ce qui nourrit depuis des années une revendication de réforme. Le gouvernement de transition entend capitaliser sur cette frustration pour légitimer son tour de vis, en promettant d’affecter les ressources additionnelles aux infrastructures et aux services sociaux.
Concrètement, plusieurs pistes sont sur la table. La création d’une société minière d’État dotée de participations obligatoires dans les projets majeurs constituerait l’innovation la plus structurante. Antananarivo évoque également un mécanisme de préemption sur les exportations de minerais critiques, ainsi qu’une obligation de traitement local pour certaines filières, notamment le graphite et l’ilménite. Ces orientations devront néanmoins composer avec la dépendance du pays aux capitaux étrangers et à l’expertise technique de groupes comme Rio Tinto, encore présent via le projet QMM dans le sud-est.
Par ailleurs, la dimension géopolitique de cette bascule mérite attention. Les terres rares malgaches intéressent autant Pékin que les capitales occidentales, engagées dans une course mondiale pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement critiques. Le retrait japonais pourrait ouvrir la voie à un repositionnement d’acteurs chinois ou émiratis, plus enclins à composer avec un cadre institutionnel hétérodoxe. Plusieurs missions techniques venues du Golfe ont d’ailleurs été reçues récemment à Antananarivo, selon des sources diplomatiques.
Le pari de la junte repose donc sur une hypothèse risquée : convaincre que la fermeté réglementaire attirera davantage qu’elle ne dissuadera. À court terme, la perte d’un opérateur du calibre de Sumitomo affaiblit cet argumentaire et complique le dialogue avec les bailleurs multilatéraux, dont les décaissements conditionnent l’équilibre budgétaire 2026. Selon Le Monde Afrique.
Pour aller plus loin
Le Gabon veut entrer au capital de la minière française Eramet · RDC : un projet cuprifère chinois vise 500 000 tonnes par an au Kasaï · La Chine dévoile un méga-projet de cuivre au Grand Kasaï en RDC

Be the first to comment on "Madagascar : la junte renforce son contrôle sur les terres rares"