Cameroun : Murphy Oil et Octavia Energy décrochent cinq blocs pétroliers

Majestic offshore oil platform under a bright sky in the North Sea, showcasing Norway's energy infrastructure.Photo : Jan-Rune Smenes Reite / Pexels

Le Cameroun amorce une nouvelle séquence dans la relance de son exploration pétrolière. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) a publié, le 24 avril 2026, les conclusions de l’appel à manifestation d’intérêt lancé le 1er août 2025 pour l’attribution de blocs libres du domaine pétrolier et gazier national. Sur les neuf périmètres mis sur le marché, cinq ont trouvé preneur auprès de deux opérateurs internationaux. La compagnie américaine Murphy Oil Corporation, via sa filiale Murphy West Africa Ltd, rafle quatre blocs dans le bassin Douala/Kribi-Campo : Etinde Exploration, Tilapia, Elombo et Ntem. Octavia Energy Corporation hérite quant à elle du bloc Bolongo Exploration, dans le bassin du Rio del Rey.

Le communiqué signé par Adolphe Moudiki, administrateur-directeur général de la SNH, précise que ces désignations ne valent pas démarrage d’activité. Elles ouvrent une phase de négociation en vue de la conclusion de contrats de partage de production (CPP). Ces accords baliseront successivement les travaux d’exploration, d’appréciation, puis, si une découverte s’avère commercialement viable, les opérations de développement et de production.

Une relance sélective de l’amont pétrolier camerounais

Le bilan du licensing round mérite une lecture nuancée. Quatre blocs n’ont reçu aucune offre retenue : Ndian River et Bakassi dans le Rio del Rey, Bomono et Nkombe-Nsepe dans le bassin Douala/Kribi-Campo. Cet écart entre l’offre formulée par Yaoundé et l’appétit effectif des compagnies traduit la prudence ambiante sur le marché pétrolier mondial. Les majors et indépendants concentrent leurs capitaux sur les actifs jugés les plus prometteurs ou les moins risqués, sur fond de discipline d’investissement et d’exigences accrues de rentabilité.

Pour le Cameroun, l’enjeu n’est pourtant pas mince. La production nationale plafonne autour de 60 000 barils par jour, un volume modeste à l’échelle continentale. Les champs matures du Rio del Rey s’épuisent, et le renouvellement des réserves conditionne directement la pérennité des recettes pétrolières dans le budget de l’État. La SNH a d’ailleurs mis en avant des arguments techniques pour rendre les blocs plus attractifs : proximité de zones déjà productives, disponibilité de données sismiques 2D et 3D, existence de forages antérieurs et de prospects identifiés.

Le contrat de partage de production, pivot du modèle camerounais

Les blocs attribués s’inscriront dans le cadre des CPP, mécanisme dominant de l’amont pétrolier camerounais. Le principe est connu : l’État conserve la propriété pleine et entière des ressources du sous-sol, tandis que l’opérateur privé finance et porte le risque d’exploration. En cas d’échec géologique, l’investisseur encaisse seul l’essentiel des pertes. En cas de succès, la production est partagée entre la SNH, agissant pour le compte de l’État, et le contractant, selon une grille de répartition négociée bloc par bloc.

Cette architecture contractuelle présente un double intérêt pour Yaoundé. Elle permet de mobiliser des capitaux étrangers et un savoir-faire technique sans grever les finances publiques dans la phase la plus incertaine du cycle pétrolier. Elle préserve aussi la souveraineté de l’État sur la ressource, tout en lui assurant un flux de revenus si les travaux débouchent sur une mise en production.

Murphy Oil, retour d’un acteur américain en Afrique de l’Ouest

L’arrivée de Murphy Oil sur quatre blocs constitue le fait saillant de ce round. Le groupe basé à Houston, déjà actif dans plusieurs juridictions africaines, signale par ce positionnement un regain d’intérêt pour les bassins sédimentaires camerounais. La concentration de ses prises dans le bassin Douala/Kribi-Campo, zone offshore où plusieurs découvertes ont été enregistrées par le passé, n’est pas anodine. Octavia Energy, profil plus discret, mise pour sa part sur le Rio del Rey, berceau historique de la production camerounaise.

Reste que la portée concrète de ces attributions se mesurera à deux étapes ultérieures : la signature effective des contrats de partage de production et la rapidité avec laquelle les opérateurs engageront leurs programmes de travaux. La concurrence régionale s’intensifie, du Sénégal à la Namibie, pour capter les budgets d’exploration mondiaux. Yaoundé devra transformer l’essai contractuel en activité de terrain pour reconstituer durablement son portefeuille d’actifs pétroliers. Selon Investir au Cameroun, la SNH prépare déjà la phase de négociation avec les deux opérateurs retenus.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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