Procès Netanyahu : Herzog refuse la grâce et plaide la médiation

Front view of the United States Supreme Court building on a sunny day with blue sky and clouds.Photo : Mark Stebnicki / Pexels

Le procès pour corruption de Benyamin Netanyahu replace la présidence israélienne au centre du jeu institutionnel. Le Premier ministre, poursuivi pour fraude, abus de confiance et corruption, a repris le chemin du tribunal lundi 27 avril, dans une affaire qui empoisonne la vie politique du pays depuis plus de cinq ans. À la manœuvre côté présidence, Isaac Herzog refuse de céder aux appels en faveur d’une grâce et travaille à une issue négociée, plus discrète mais politiquement moins inflammable.

Une grâce présidentielle écartée pour Netanyahu

L’idée d’un pardon accordé au chef du gouvernement circule depuis plusieurs mois dans l’entourage du Likoud et chez certains alliés religieux de la coalition. Pour ses partisans, une telle décision permettrait de tourner la page d’une procédure jugée interminable et d’éviter à l’institution exécutive une crise de légitimité supplémentaire. Le président Herzog, dont les fonctions sont largement protocolaires mais qui dispose précisément du droit de grâce, n’entend pourtant pas s’engager dans cette voie.

Selon son entourage, le chef de l’État estime qu’une grâce pleine et entière, accordée avant même tout verdict définitif, fragiliserait l’État de droit et la séparation des pouvoirs. L’argument n’est pas mince dans un pays encore traversé par les fractures de la réforme judiciaire engagée en 2023, qui avait conduit des centaines de milliers d’Israéliens dans la rue. Accorder un blanc-seing au Premier ministre en exercice reviendrait, selon ses proches, à valider implicitement la thèse d’une justice politisée que défendent les soutiens de Netanyahu.

La piste d’un compromis judiciaire

Herzog explore donc une autre option : un arrangement négocié entre la défense et le parquet, qui permettrait au Premier ministre de plaider coupable de chefs d’accusation allégés en échange de l’extinction des poursuites les plus lourdes. Ce type de compromis, fréquent dans le système judiciaire israélien, suppose toutefois l’accord du procureur général et, dans les faits, une forme de reconnaissance par l’accusé. Or Benyamin Netanyahu n’a cessé de clamer son innocence depuis l’inculpation prononcée fin 2019.

L’équation est d’autant plus serrée que la coalition gouvernementale, dominée par le Likoud et ses partenaires nationalistes-religieux, fait pression sur la présidence pour obtenir un geste rapide. Plusieurs ministres réclament publiquement une intervention du chef de l’État, tandis que l’opposition centriste y voit une tentative de neutraliser l’institution judiciaire. Herzog, ancien dirigeant travailliste élu en 2021 par la Knesset, cherche à préserver la fonction présidentielle de cette polarisation.

Un dossier judiciaire qui pèse sur la stabilité politique

Sur le fond, les trois affaires regroupées sous les noms de code 1000, 2000 et 4000 portent sur des cadeaux de luxe reçus de proches milliardaires, des tractations supposées avec un grand quotidien et des faveurs réglementaires accordées au groupe télécoms Bezeq en échange d’une couverture médiatique favorable. Les peines encourues, en cas de condamnation pour corruption aggravée, peuvent atteindre dix ans d’emprisonnement. La procédure, ralentie par la guerre déclenchée à Gaza après les attaques du 7 octobre 2023, reprend à un moment particulièrement tendu pour l’exécutif.

Au-delà du sort personnel du Premier ministre, c’est la capacité du système politique israélien à gérer la concomitance entre fonctions gouvernementales et poursuites pénales qui est interrogée. La Cour suprême avait validé, en mai 2020, le maintien de Netanyahu à son poste malgré l’inculpation, considérant qu’aucune disposition légale ne l’en empêchait. Cinq ans plus tard, la question revient sous une forme nouvelle, à travers le débat sur la grâce.

Pour Herzog, l’enjeu dépasse la seule personne du Premier ministre. Il s’agit de préserver le statut d’arbitre de la présidence dans un paysage politique éclaté, où la confiance dans les institutions s’érode. Un compromis judiciaire, s’il aboutissait, offrirait une porte de sortie acceptable pour les principales parties, sans mobiliser l’arme atomique du pardon présidentiel. Reste à convaincre Netanyahu lui-même, dont la stratégie de défense reste pour l’heure offensive. Selon RFI Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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