L’Assemblée nationale centrafricaine a entamé ce lundi 4 mai sa huitième législature dans une configuration inédite : près d’un tiers des sièges restent vacants. La session extraordinaire, convoquée par décret présidentiel et programmée jusqu’au 18 mai, marque la transition formelle entre l’ancienne mandature, achevée le 30 avril après cinq années d’exercice, et le nouveau cycle parlementaire issu des élections générales de décembre 2025. La rentrée se tient à Bangui sous le regard attentif des partenaires internationaux du pays.
Une chambre basse incomplète à l’ouverture des travaux
Le contraste est saisissant entre l’élan institutionnel affiché par le pouvoir et la réalité numérique de l’hémicycle. Plusieurs circonscriptions n’ont pas encore désigné leurs représentants, en raison de scrutins partiels reportés ou de contentieux électoraux non purgés. Cette situation prive la huitième législature d’une part significative de sa représentation nationale dès son installation, posant la question de la légitimité des premiers votes qui pourraient y être organisés.
Le président Faustin-Archange Touadéra, réélu lors du même cycle électoral, a néanmoins choisi d’aller de l’avant en activant le calendrier constitutionnel. La convocation de la session extraordinaire répond à une obligation institutionnelle : doter rapidement le pays d’un Parlement opérationnel, capable d’accompagner les réformes promises et d’examiner les textes en attente. Reste que la marge de manœuvre des nouveaux élus se trouve mécaniquement réduite tant que la chambre n’est pas au complet.
Un calendrier électoral encore en suspens
Les autorités électorales devront organiser des scrutins complémentaires pour pourvoir les sièges manquants. Aucun calendrier précis n’a été rendu public à ce stade pour ces consultations partielles, dont la tenue conditionne pourtant la pleine légitimité de l’institution. Plusieurs facteurs expliquent ces retards : insécurité résiduelle dans certaines zones rurales, contestations devant la Cour constitutionnelle, difficultés logistiques inhérentes à un territoire vaste et enclavé.
Cette situation n’est pas sans précédent dans l’histoire parlementaire centrafricaine. La précédente législature avait elle aussi connu des installations échelonnées, mais l’ampleur actuelle du déficit de représentation interroge. Avec environ un tiers de députés non encore désignés, c’est la capacité même de l’Assemblée à délibérer dans des conditions optimales qui se trouve mise à l’épreuve. Les groupes parlementaires en cours de constitution devront composer avec cette incertitude pour structurer leurs alliances.
Touadéra face au défi de la consolidation institutionnelle
Pour le chef de l’État, l’enjeu dépasse la simple chronologie électorale. Après une décennie marquée par les crises sécuritaires, les accords de paix successifs et l’appui controversé de partenaires russes via le groupe Wagner puis l’Africa Corps, la stabilisation politique passe par des institutions visibles et fonctionnelles. La huitième législature aura à examiner plusieurs dossiers sensibles, parmi lesquels le budget rectificatif, la mise en œuvre des réformes constitutionnelles adoptées en 2023 et la poursuite du processus de désarmement.
Les premiers travaux de la session inaugurale porteront, comme le veut l’usage, sur l’élection du président de l’Assemblée nationale et la mise en place du bureau. Ces choix donneront un premier indice sur l’équilibre des forces au sein du nouvel hémicycle, dominé par la mouvance présidentielle du Mouvement cœurs unis. L’opposition, affaiblie par les boycotts et les divisions, pourrait peiner à peser sur l’agenda législatif des prochaines semaines.
La communauté internationale, et particulièrement la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA), suivra de près la cadence d’installation de la nouvelle Assemblée. Bailleurs de fonds et partenaires régionaux conditionnent en partie leur soutien à la consolidation d’un cadre démocratique crédible. À court terme, la priorité reste de combler les sièges vacants pour donner sa pleine substance à la représentation nationale. Selon RFI Afrique.
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