La fermeture du camp de Nduta, prononcée le 30 avril par les autorités tanzaniennes, marque un tournant dans la politique régionale d’accueil des réfugiés burundais. Le site, niché dans la région de Kigoma au nord-ouest du pays, hébergeait encore près de 60 000 personnes quelques mois plus tôt. Sa fermeture s’inscrit dans un mouvement engagé depuis 2017, lorsque le retour au Burundi a été officiellement jugé sûr par les agences onusiennes et les États de la région des Grands Lacs. Plusieurs organisations burundaises de défense des droits humains contestent toutefois la nature volontaire de ces départs et évoquent des pressions administratives, voire des expulsions caractérisées.
Une fermeture qui solde une décennie d’exil
Le camp de Nduta avait vu affluer les premiers exilés burundais à partir de 2015, au plus fort de la crise politique née de la candidature controversée de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat. Plus de 400 000 Burundais avaient alors fui les violences, dont une part substantielle s’était installée dans les camps tanzaniens de Nyarugusu, Mtendeli et Nduta. Avec la fermeture progressive de ces structures, Dar es Salaam achève le démantèlement d’un dispositif d’accueil considéré par les autorités comme conjoncturel. La Tanzanie, qui n’a jamais souhaité pérenniser une présence réfugiée massive sur son sol, applique ainsi une ligne constante depuis l’arrivée au pouvoir de John Magufuli, prolongée par l’administration de Samia Suluhu Hassan.
Les autorités tanzaniennes mettent en avant la normalisation politique du Burundi sous la présidence d’Évariste Ndayishimiye, en place depuis 2020. Le retour volontaire est encadré par un accord tripartite associant le Burundi, la Tanzanie et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Ce cadre prévoit un accompagnement logistique, une aide à la réinstallation et des garanties de non-discrimination à l’arrivée. Sur le papier, le dispositif respecte les standards du droit international des réfugiés.
Des ONG burundaises pointent des rapatriements contraints
La réalité de terrain, telle que documentée par plusieurs organisations burundaises des droits humains, contredit ce récit officiel. Ces structures, dont certaines opèrent en exil depuis la dissolution forcée de la société civile à Bujumbura en 2015, dénoncent un faisceau de pratiques coercitives. Réduction des rations alimentaires, restrictions de mouvement, interruption des services de santé et fermeture progressive des écoles auraient placé les familles devant un choix illusoire entre départ et précarité extrême. Plusieurs témoignages évoquent également des descentes des forces de sécurité tanzaniennes dans les abris, accompagnées d’ultimatums.
Le principe de non-refoulement, pierre angulaire de la Convention de Genève de 1951 et de la Convention de l’Organisation de l’unité africaine de 1969, interdit pourtant le renvoi d’un réfugié vers un pays où sa vie ou sa liberté seraient menacées. Les ONG concernées soutiennent que les conditions politiques au Burundi ne permettent pas encore un retour digne pour l’ensemble des exilés, en particulier pour les anciens militants d’opposition, journalistes et défenseurs des droits humains. Le rapporteur spécial des Nations unies sur le Burundi a, à plusieurs reprises ces dernières années, alerté sur la persistance de violations ciblées.
Un enjeu régional pour les Grands Lacs
La question dépasse la seule relation bilatérale entre Dar es Salaam et Bujumbura. Elle interroge la doctrine régionale en matière de gestion des populations déplacées, alors que la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) cherche à harmoniser ses politiques migratoires. Le retour des réfugiés burundais s’effectue sur fond de tensions persistantes entre le Burundi et le Rwanda voisin, et de recompositions diplomatiques au sein de la région des Grands Lacs. Pour les bailleurs internationaux, la fermeture de Nduta soulève également une question budgétaire : les programmes de réintégration au Burundi restent sous-financés, et les communautés d’accueil dans les provinces de Muyinga, Ruyigi ou Makamba font face à des tensions foncières héritées d’une décennie d’exil.
Reste la trajectoire des derniers occupants des camps. La Tanzanie n’a pas communiqué de calendrier détaillé concernant le sort du second site encore ouvert ni précisé le volume des rapatriements prévus dans les prochaines semaines. Le HCR, sollicité par les organisations de défense des droits humains, est appelé à clarifier sa position sur le caractère effectivement volontaire des retours observés depuis le début de l’année. Selon RFI Afrique, les ONG burundaises entendent saisir les mécanismes onusiens pour faire requalifier ces opérations.
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