Soudan du Sud : la crise humanitaire d’Akobo révélée par des images

A young girl walks through a refugee camp in Idlib, Syria, amidst forested area and tents.Photo : Ahmed akacha / Pexels

La crise humanitaire au Soudan du Sud a pris ces derniers jours un visage concret avec la circulation, sur les réseaux et dans la presse, de photographies de bébés extrêmement dénutris recueillis à Akobo, au nord-est de l’État du Jonglei. Ces images, prises à proximité immédiate de la frontière éthiopienne, ont mis en lumière une détresse jusque-là étouffée par l’isolement géographique et l’absence de couverture médiatique. La même situation se prolonge à Tiergol, du côté éthiopien, où se sont massés de nombreux déplacés sud-soudanais en quête de soins et de nourriture.

Akobo, épicentre silencieux d’une urgence nutritionnelle

Le comté d’Akobo, enclavé et difficilement accessible pendant la saison des pluies, figure de longue date parmi les zones les plus vulnérables du Jonglei. Les voies routières y sont rares, l’aide doit transiter par avion ou par voie fluviale, et les structures de santé fonctionnent au ralenti. Les images récentes de nourrissons squelettiques traduisent un effondrement des indicateurs nutritionnels que les agences humanitaires signalent depuis plusieurs mois sans parvenir à mobiliser les financements nécessaires.

La pression démographique aggrave le tableau. Akobo accueille déjà des populations déplacées par les violences intercommunautaires qui secouent périodiquement le Jonglei, ainsi que par les répercussions du conflit soudanais qui a poussé plus d’un million de personnes à se replier vers le sud depuis avril 2023. Les ressources alimentaires locales, déjà rares, se trouvent absorbées par cet afflux, tandis que la flambée des prix des denrées de base érode le pouvoir d’achat des ménages les plus pauvres.

Une frontière éthiopienne devenue refuge précaire

De l’autre côté de la rivière, à Tiergol, dans la région éthiopienne de Gambela, des familles sud-soudanaises tentent de survivre dans des camps improvisés. Beaucoup ont franchi la frontière en espérant accéder à une assistance plus régulière, mais la zone elle-même fait face à une saturation des dispositifs d’accueil. L’Éthiopie, déjà éprouvée par ses propres crises internes et par l’accueil de réfugiés érythréens et somaliens, peine à étendre ses capacités d’absorption.

Les humanitaires sur place décrivent un continuum de détresse de part et d’autre de la frontière, où les mêmes communautés Nuer circulent selon les opportunités d’aide. La porosité de cette zone complique le suivi statistique et le ciblage des programmes. Les enfants de moins de cinq ans paient le prix le plus lourd, avec des taux de malnutrition aiguë sévère qui, dans plusieurs localités du Jonglei, dépassent les seuils d’urgence définis par les standards internationaux.

Un système d’aide sous tension budgétaire

La situation d’Akobo intervient dans un contexte de rétrécissement préoccupant des budgets humanitaires mondiaux. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a réduit ses rations dans plusieurs pays africains au cours des derniers mois, faute de contributions suffisantes des bailleurs traditionnels. Les coupes opérées dans l’aide bilatérale américaine et européenne se répercutent directement sur les opérations au Soudan du Sud, dont le plan de réponse humanitaire reste financé à un niveau jugé largement insuffisant par les acteurs onusiens.

Pour Juba, l’épisode constitue un nouveau test de gouvernance. Le gouvernement de transition, fragilisé par les tensions persistantes entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar, dispose de moyens limités pour suppléer aux carences de l’aide internationale. Les recettes pétrolières, principale source de revenus du pays, ont été affectées par l’interruption prolongée du pipeline traversant le Soudan en guerre, privant l’État d’une capacité d’intervention budgétaire dans les zones reculées comme le Jonglei.

Reste que la viralité des images d’Akobo pourrait peser sur l’agenda des prochaines conférences de donateurs. Les ONG espèrent qu’elle suscitera un sursaut comparable à ceux observés lors de précédentes crises nutritionnelles au Sahel ou dans la Corne de l’Afrique. À court terme, l’enjeu opérationnel demeure l’ouverture de corridors logistiques fiables avant la saison des pluies, qui rendra une partie du Jonglei pratiquement inaccessible. Selon RFI Afrique.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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