Farba Ngom sollicite les chefs religieux pour la candidature de Macky Sall

A group of people walking down a sunny street in Pikine, Dakar, Senegal, showcasing urban life.Photo : Amaury Michaux / Pexels

L’appel lancé par Farba Ngom aux chefs religieux sénégalais relance la controverse autour d’une nouvelle candidature de Macky Sall. Parlementaire de la mouvance présidentielle et figure influente de l’Alliance pour la République (APR), le député a sollicité, depuis New York où se tenait l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU), les prières des hommes de Dieu pour soutenir la démarche du chef de l’État. Cette prise de parole intervient dans un climat politique tendu, marqué par les interrogations persistantes sur les intentions réelles du président sénégalais à dix-huit mois de l’échéance présidentielle de février 2024.

Une mobilisation spirituelle au service d’un projet politique

Le recours aux confréries et aux autorités religieuses constitue une constante de la vie politique sénégalaise. En invoquant la bénédiction des marabouts et des dignitaires musulmans, Farba Ngom inscrit la démarche du président dans un registre familier de l’électorat, où le poids spirituel pèse souvent autant que les arguments programmatiques. Le député, élu de Matam et fidèle parmi les fidèles de Macky Sall, multiplie depuis plusieurs mois les sorties pour préparer le terrain d’une éventuelle troisième course au palais.

Cette stratégie n’est pas anodine. Au Sénégal, l’onction des chefs religieux peut peser lourd dans la dynamique électorale, en particulier dans les bastions confrériques de Touba, Tivaouane ou Médina Baye. En appelant publiquement à la prière, le proche du chef de l’État cherche à associer la légitimité spirituelle à un projet politique encore officiellement non déclaré. La manœuvre vise aussi à tester la réceptivité des cercles religieux à l’idée d’une candidature qui demeure juridiquement et politiquement contestée.

Le débat constitutionnel toujours en suspens

La question d’une nouvelle candidature de Macky Sall divise profondément la classe politique sénégalaise. Les partisans du président arguent que la révision constitutionnelle de 2016 a remis les compteurs à zéro, ouvrant la voie à un troisième mandat éventuel. Les opposants, regroupés notamment au sein de la coalition Yewwi Askan Wi, dénoncent une lecture opportuniste de la Loi fondamentale et brandissent le risque d’une rupture du pacte républicain. Ce débat juridique a déjà alimenté plusieurs épisodes de tension dans les rues de Dakar et d’autres grandes villes du pays.

Macky Sall lui-même entretient depuis des mois une ambiguïté calculée. Le chef de l’État sénégalais, qui préside par ailleurs l’Union africaine jusqu’en février 2023, n’a ni confirmé ni écarté formellement l’hypothèse d’une nouvelle candidature. Cette posture nourrit les spéculations et place ses lieutenants en première ligne pour préparer les esprits. La sortie de Farba Ngom à New York s’inscrit pleinement dans cette logique d’occupation du terrain politique et symbolique.

Un pari politique aux enjeux régionaux

Au-delà du cas sénégalais, la trajectoire de Macky Sall est scrutée bien au-delà des frontières nationales. Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest francophone ont récemment connu des tensions liées à la question des mandats présidentiels successifs, de la Guinée à la Côte d’Ivoire. Le Sénégal, longtemps présenté comme un modèle de stabilité démocratique dans la sous-région, fait l’objet d’une attention particulière des chancelleries occidentales et des partenaires multilatéraux.

Dans ce contexte, l’appel aux prières adressé aux guides religieux dépasse la simple anecdote diplomatique. Il révèle la fébrilité d’un camp présidentiel conscient des résistances que pourrait susciter une troisième candidature, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les prochains mois s’annoncent décisifs, alors que les formations d’opposition se structurent et que la société civile sénégalaise multiplie les initiatives de vigilance citoyenne. Reste à savoir si la mobilisation spirituelle suffira à lever les obstacles politiques et juridiques qui se dressent encore sur le chemin du chef de l’État.

Selon Dakaractu.

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About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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