Sahel : lancement de l’ADS, coalition d’opposants aux juntes

Lone tree stands against a vast blue sky and white sands in Madagascar, highlighting natural beauty and solitude.Photo : Léonide Mahajanjy / Pexels

Une nouvelle force politique a vu le jour pour contester l’ordre instauré par les régimes militaires au Sahel. Baptisée Alliance des démocrates au Sahel (ADS), la structure rassemble des opposants maliens, burkinabè et nigériens décidés à porter une voix commune face aux juntes qui dirigent désormais leurs trois pays. Le lancement officiel de cette coalition transfrontalière marque une tentative inédite de structurer une opposition civile en exil, alors que l’espace politique s’est considérablement rétréci à Bamako, Ouagadougou et Niamey depuis les coups d’État successifs de 2020, 2022 et 2023.

Une opposition sahélienne qui se fédère hors des frontières

L’Alliance des démocrates au Sahel ambitionne de fédérer des personnalités politiques, des acteurs de la société civile et des défenseurs des libertés publiques originaires des trois États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette dernière, créée à l’initiative des juntes en septembre 2023, a scellé un rapprochement militaire et diplomatique entre les régimes de transition. Face à ce bloc, l’ADS entend incarner un contre-discours articulé autour de la restauration de l’ordre constitutionnel, du retour à des élections crédibles et de la défense des droits fondamentaux.

La démarche est rare. Si des oppositions nationales existent, elles sont fragmentées, souvent muselées et rarement coordonnées au-delà des frontières. En agrégeant des sensibilités issues de trois pays, les fondateurs cherchent à donner à leur message une portée régionale, à hauteur de l’enjeu sahélien. Leur pari : convaincre que la convergence autoritaire des trois capitales appelle une réponse politique tout aussi coordonnée.

Défendre l’État de droit dans un Sahel verrouillé

Au cœur du projet figure la défense de l’État de droit, mis à mal par la suspension des constitutions, la dissolution des partis politiques et les restrictions imposées aux médias. Au Mali, plusieurs formations ont été dissoutes au printemps 2024 par le pouvoir militaire, et des figures politiques ont été placées en détention ou contraintes à l’exil. Au Burkina Faso, la transition pilotée par le capitaine Ibrahim Traoré a prolongé son agenda de cinq ans en mai 2024, repoussant tout retour aux urnes. À Niamey, le général Abdourahamane Tiani a verrouillé l’espace public depuis le putsch de juillet 2023.

Les promoteurs de l’ADS dénoncent une dérive commune aux trois transitions : confusion des pouvoirs, recul des libertés syndicales et associatives, instrumentalisation de l’argument souverainiste pour justifier le report sine die des scrutins. La coalition se présente comme une plateforme de plaidoyer, mais aussi comme un espace de coordination en vue de la sortie de crise. L’enjeu, pour ses initiateurs, consiste à exister politiquement sans être assimilés à des acteurs étrangers, accusation fréquemment portée par les autorités de Bamako, Ouagadougou et Niamey contre leurs détracteurs.

Un positionnement délicat face à l’AES et à ses parrains

Le contexte géopolitique complique l’équation. L’AES s’est éloignée de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2024, avant d’acter son retrait définitif un an plus tard. Les trois capitales ont resserré leurs liens avec Moscou, où l’Africa Corps a succédé au groupe Wagner sur plusieurs théâtres d’opérations. Ce réalignement laisse peu de marge aux oppositions, souvent suspectées de connivence avec les anciens partenaires occidentaux, en particulier Paris.

L’ADS devra donc clarifier son ancrage et ses sources de financement pour gagner en crédibilité auprès des opinions sahéliennes, lassées par des années d’instabilité et sensibles au discours de rupture porté par les juntes. La coalition cherchera également à dialoguer avec les partenaires régionaux, notamment la CEDEAO, l’Union africaine et certains États voisins, sans paraître téléguidée.

Reste la question de l’efficacité. Une coalition d’opposants en exil pèsera dans la mesure où elle parviendra à maintenir une présence sur le terrain politique intérieur, à mobiliser les diasporas et à offrir une perspective concrète de transition civile. Les précédents africains, du Tchad à la Guinée, montrent que ces structures peinent souvent à transformer leur visibilité diplomatique en influence réelle. Pour l’ADS, les premiers mois seront décisifs, dans un Sahel où la moindre voix dissidente est désormais scrutée comme une menace par les autorités en place. Selon PressAfrik.

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About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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