<p>Le déploiement des soldats tchadiens en Haïti marque une étape décisive dans la reconfiguration de l’aide sécuritaire internationale à Port-au-Prince. L’Organisation des Nations unies et les États-Unis s’appuient désormais sur N’Djamena pour étoffer la nouvelle Force de répression des gangs, chargée de reprendre le contrôle d’une capitale en grande partie aux mains de groupes armés. Sur les 1 500 militaires promis par le Tchad, 500 ont déjà rejoint le théâtre caribéen. L’ensemble du dispositif prévoit 5 500 hommes, venus de dix-huit nations, sous mandat international.</p>
<h2>Pourquoi Washington et l’ONU misent sur les soldats tchadiens</h2>
<p>Le choix de l’armée tchadienne ne relève pas du hasard. Depuis plus d’une décennie, les forces de N’Djamena se sont forgées une réputation de combattantes aguerries dans des environnements hostiles, du bassin du lac Tchad au Sahel, en passant par le nord du Mali. Leur expérience face à Boko Haram et aux katibas jihadistes leur confère un savoir-faire rare en matière de guerre asymétrique urbaine et rurale. Pour Jean-Marie Théodat, écrivain haïtien et directeur du département de géographie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, le recours à ce contingent envoie un signal clair : les parrains internationaux de l’opération n’ont pas fait appel à des amateurs.</p>
<p>Ce positionnement tranche avec les précédentes tentatives de stabilisation, souvent critiquées pour leur inefficacité. La Mission multinationale d’appui à la sécurité, pilotée par le Kenya depuis 2024, avait montré ses limites face à la puissance de feu des coalitions criminelles. L’arrivée des Tchadiens, réputés pour leur mobilité et leur rusticité, doit apporter une capacité offensive que les unités kényanes, plus habituées au maintien de l’ordre, peinaient à assurer. Le format retenu, celui d’une force de répression et non d’une simple mission d’appui, traduit ce durcissement assumé.</p>
<h2>Une coalition de dix-huit pays pour reprendre Port-au-Prince</h2>
<p>La Force de répression des gangs constitue l’un des dispositifs multinationaux les plus hétérogènes déployés dans la région ces dernières années. Dix-huit pays contribuent, à des degrés divers, à un effectif cible de 5 500 hommes. Cette architecture vise à répartir le fardeau politique et opérationnel, tout en limitant l’exposition d’une puissance unique. Washington, échaudé par ses interventions passées à Port-au-Prince, privilégie le soutien logistique, financier et de renseignement plutôt que l’envoi de troupes au sol.</p>
<p>Sur le terrain, l’équation reste redoutable. Les principales coalitions de gangs, dont Viv Ansanm, contrôlent des pans entiers de la capitale, coupent les axes logistiques et rançonnent la population. Les quartiers de Cité Soleil, Martissant ou Croix-des-Bouquets échappent largement à l’autorité de l’État depuis plusieurs années. Reprendre pied exigera bien davantage qu’une opération de police : il faudra des moyens militaires, une chaîne de commandement intégrée et une coordination fine avec la Police nationale d’Haïti, elle-même fragilisée par les désertions et les assassinats ciblés.</p>
<h2>Un pari diplomatique aux retombées africaines</h2>
<p>Pour N’Djamena, l’engagement haïtien comporte aussi une dimension diplomatique nette. En projetant des troupes hors du continent, le Tchad s’affirme comme un acteur sécuritaire de rang international, capable de répondre à une sollicitation conjointe de l’ONU et des États-Unis. Cette visibilité intervient alors que le pays cherche à consolider ses partenariats extérieurs, dans une période de recomposition des alliances sahéliennes. L’opération peut par ailleurs offrir un terrain d’entraînement en conditions réelles pour des unités appelées à intervenir, à terme, dans d’autres théâtres.</p>
<p>Reste la question du coût humain et politique. Les familles tchadiennes savent ce qu’un déploiement extérieur peut impliquer en termes de pertes, alors même que l’armée est déjà engagée sur plusieurs fronts intérieurs. Côté haïtien, la population oscille entre espoir et méfiance : les missions étrangères précédentes ont laissé des souvenirs mitigés, entre apport sécuritaire ponctuel et scandales récurrents. La crédibilité du nouveau dispositif se jouera dans les premiers mois, sur sa capacité à desserrer l’étau des gangs sans reproduire les dérives du passé. Jean-Marie Théodat, qui publie Haïti mon amour ! aux éditions Hémisphères, estime que le choix des soldats tchadiens témoigne d’une volonté d’efficacité enfin tangible. Selon RFI Afrique.</p>
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