La Confédération africaine de football (CAF) a confié à Jean-Jacques Ndala la direction de la finale aller de la Ligue des champions africaine, opposant Mamelodi Sundowns aux FAR Rabat. Cette nomination du sifflet congolais, rendue publique à quelques jours du coup d’envoi, alimente une polémique latente dans les coulisses de l’instance basée au Caire. Au sein même de l’organisation, plusieurs voix s’étonnent du choix porté sur un arbitre dont la dernière apparition à un tel niveau a laissé un souvenir cuisant. La désignation tranche avec la prudence habituellement observée par la commission des arbitres pour les rendez-vous les plus exposés.
Un retour au sommet qui divise la CAF
Jean-Jacques Ndala n’est pas un inconnu du circuit continental. L’arbitre originaire de la République démocratique du Congo figure depuis plusieurs saisons parmi les officiels élite identifiés par la CAF pour les compétitions interclubs et de sélections. Son ascension l’avait conduit jusqu’à la finale de la dernière Coupe d’Afrique des nations, expérience dont il était sorti durablement fragilisé. La perspective de le voir trancher le sort d’une nouvelle finale continentale, cette fois entre un cador sud-africain et un club historique du football marocain, ravive donc un débat que beaucoup pensaient enterré.
Le malaise décrit par plusieurs sources internes tient autant au précédent qu’au signal envoyé. En reconduisant un officiel marqué par une finale ratée, la commission compétente expose le rendez-vous à un climat de suspicion préalable. Les deux clubs engagés, Mamelodi Sundowns et les FAR Rabat, abordent l’échéance avec des moyens importants et des attentes politiques fortes dans leurs pays respectifs. La moindre décision litigieuse risque dès lors d’être instrumentalisée bien au-delà de la rectangle vert.
Sundowns-FAR Rabat, une affiche sous haute tension
L’affiche elle-même concentre des enjeux qui dépassent largement le cadre sportif. Mamelodi Sundowns, propriété du groupe Motsepe, s’appuie sur l’un des budgets les plus solides du continent et figure parmi les vitrines du football sud-africain. En face, les Forces armées royales de Rabat incarnent un projet adossé à l’institution militaire marocaine et à un écosystème national qui mise lourdement sur le rayonnement footballistique. Le Royaume chérifien, futur coorganisateur de la Coupe du monde 2030, suit avec une attention particulière la performance de ses clubs sur la scène africaine.
Dans ce contexte, le choix d’un arbitre central revêt une dimension diplomatique et économique. Les droits de retransmission, les contrats de sponsoring et la valorisation des marques engagées dépendent en partie de la fluidité du spectacle proposé. Une finale entachée de contestations affaiblirait la trajectoire commerciale d’une compétition que la CAF tente de hisser au niveau des standards européens, après plusieurs réformes du calendrier et du format.
Crédibilité de l’arbitrage, un chantier permanent
La question de l’arbitrage demeure l’un des points de friction récurrents entre la confédération, les fédérations nationales et les clubs. Malgré le déploiement progressif de l’assistance vidéo et des formations continues, les soupçons de partialité ou d’incompétence ressurgissent à chaque sommet du calendrier. Les responsables de la commission des arbitres défendent une approche fondée sur les évaluations techniques internes, mais la communication autour de ces critères reste opaque pour le grand public.
Pour Jean-Jacques Ndala, la finale aller constituera une forme de réhabilitation ou, à l’inverse, un nouveau revers dont il pourrait difficilement se relever. Son entourage met en avant une expérience accumulée sur des matches sensibles des éliminatoires de la Coupe du monde et des phases de groupes continentales. Les fédérations marocaine et sud-africaine, elles, n’ont pas officiellement réagi à la nomination, conformément aux usages, mais la pression médiatique monte à mesure que la rencontre approche.
Reste que la CAF joue, à travers cette désignation, une partie de sa propre crédibilité. L’institution présidée par Patrice Motsepe a multiplié les annonces de modernisation, mais peine encore à dissiper les doutes sur la cohérence de sa gouvernance arbitrale. Le coup de sifflet final dira si le pari Ndala relevait du courage assumé ou de l’erreur de casting. Selon Le Monde Afrique.
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