L’Afrique du Sud frappée par une nouvelle vague xénophobe

Dusty street lined with concrete walls in a Johannesburg township, under clear blue skies.Photo : David Rama / Pexels

La xénophobie en Afrique du Sud prend une nouvelle dimension préoccupante. Fin avril, une série de rassemblements hostiles aux migrants africains s’est tenue dans plusieurs townships et quartiers populaires, accompagnée d’agressions physiques et de menaces explicites contre les commerçants et travailleurs étrangers. Les victimes, souvent originaires du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi, de Somalie ou d’Éthiopie, témoignent d’une violence ciblée et assumée par leurs auteurs. Le mode opératoire rappelle douloureusement les épisodes meurtriers de mai 2008 et d’avril 2015, qui avaient fait plusieurs dizaines de morts et des milliers de déplacés.

Une violence enracinée dans la crise sociale sud-africaine

Le ressort discursif des assaillants demeure constant : les étrangers seraient responsables de la pénurie d’emplois et de la dégradation des services publics. L’argument prospère sur un terreau économique miné. Avec un taux de chômage officiel oscillant autour de 32 % et qui dépasse 40 % chez les jeunes, l’Afrique du Sud peine à absorber sa main-d’œuvre. La frustration alimente la recherche de boucs émissaires, d’autant plus visibles qu’ils tiennent souvent les petits commerces de quartier, les salons de coiffure ou les ateliers informels.

Plusieurs mouvements politiques et associatifs, dont Operation Dudula apparu en 2021, structurent cette colère en discours organisé. Leurs militants exigent le départ des sans-papiers, multiplient les patrouilles dans les townships et somment les employeurs de licencier leurs salariés étrangers. Le glissement entre revendication économique et violence physique s’opère rapidement, comme l’illustrent les témoignages recueillis ces dernières semaines auprès de victimes battues à coups de pierres ou de barres de fer.

Diplomatie régionale sous tension

La poussée actuelle place Pretoria face à un risque diplomatique sérieux. Plusieurs gouvernements de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ont demandé à leurs ressortissants de redoubler de prudence, voire d’éviter certaines zones. Le Nigeria, dont la diaspora économique est nombreuse à Johannesburg et Pretoria, suit la situation avec attention, tout comme les autorités zimbabwéennes, mozambicaines et malawites. Ces alertes consulaires sont rares entre États africains et signalent l’inquiétude croissante des partenaires de l’Afrique du Sud.

Pour le gouvernement d’union nationale dirigé par Cyril Ramaphosa, le sujet est doublement explosif. Sur le plan intérieur, la coalition formée après les élections de 2024 doit composer avec des sensibilités hétérogènes, certaines tentées par un discours plus ferme à l’égard de l’immigration irrégulière. Sur le plan extérieur, l’Afrique du Sud assume des responsabilités continentales majeures, qu’il s’agisse de sa présidence du G20 ou de son rôle moteur au sein de la SADC. Une nouvelle flambée comparable à celle de 2008 fragiliserait considérablement son crédit diplomatique.

Un précédent qui hante les autorités

Les attaques de mai 2008 avaient causé la mort de plus de soixante personnes et déplacé près de 100 000 migrants. Celles d’avril 2015, parties de Durban, avaient provoqué des rapatriements massifs vers le Mozambique et le Malawi. À chaque cycle, les autorités sud-africaines ont promis enquêtes, poursuites et campagnes de sensibilisation. Les organisations de défense des droits humains soulignent toutefois la faiblesse des suites judiciaires et le sentiment d’impunité qui en résulte chez les agresseurs.

La question migratoire reste, par ailleurs, mal documentée. Les estimations du nombre d’étrangers présents sur le territoire sud-africain varient fortement, du simple au triple selon les sources, ce qui alimente les fantasmes d’invasion. Le ministère de l’intérieur a engagé ces dernières années un durcissement administratif, avec des expulsions plus fréquentes et un contrôle renforcé aux postes-frontières du Limpopo. Ces mesures n’ont pas désamorcé la colère populaire, certains militants jugeant l’action publique trop timide.

Reste à savoir si la séquence ouverte fin avril marquera une simple poussée ou le début d’un cycle plus long. Les acteurs économiques, notamment les chambres de commerce africaines présentes à Johannesburg, redoutent un effet dissuasif sur les investissements intracontinentaux, à rebours des objectifs affichés par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Selon Le Monde Afrique, plusieurs pays ont déjà appelé leurs citoyens résidant en Afrique du Sud à la plus grande vigilance.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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