La Tunisie réduit de 20 % son déficit énergétique début 2026

Large industrial pipeline traversing through a green forest in Geesthacht, Germany.Photo : Wolfgang Weiser / Pexels

Le déficit énergétique de la Tunisie a reculé de 20 % sur les deux premiers mois de 2026, pour s’établir à 1 676 millions de dinars tunisiens, soit environ 540 millions de dollars, contre 2 100 millions un an plus tôt. Le constat émane de l’Observatoire national de l’énergie et des mines, qui intègre dans son calcul la redevance perçue sur le gaz algérien transitant par le territoire tunisien à destination de l’Italie. Cette amélioration, observée alors que les cours mondiaux des hydrocarbures restent volatils, traduit un rééquilibrage notable du compte énergétique du pays.

Un déficit énergétique tunisien comprimé par la dynamique export

Le moteur principal de la décrue tient au bond des exportations énergétiques, en progression de 55 % sur un an selon les données officielles. Cette poussée, dont l’Observatoire ne détaille pas la ventilation par produit, allège mécaniquement le solde négatif que la Tunisie accumule depuis plus d’une décennie sur sa balance des hydrocarbures. Le pays, importateur structurel de pétrole raffiné et de gaz naturel, peine à couvrir ses besoins par sa propre production, en déclin tendanciel depuis le milieu des années 2010.

La redevance de transit, prélevée en nature sur le gazoduc Transmed reliant Hassi R’Mel à la Sicile, constitue l’un des leviers historiques de cette équation. Elle permet à Tunis de récupérer une fraction du gaz algérien acheminé vers l’Europe, valorisée ensuite sur le marché intérieur ou réexportée. Dans un environnement où l’Italie continue d’arbitrer en faveur du gaz nord-africain pour réduire son exposition à la Russie, ce mécanisme conserve une portée stratégique majeure pour les finances publiques tunisiennes.

Une accalmie qui ne masque pas la dépendance structurelle

Le repli du déficit ne signe pas pour autant une rupture avec la trajectoire de dépendance. La consommation énergétique nationale demeure tirée par les besoins de la production électrique, largement adossée au gaz naturel, et par un parc automobile dont le renouvellement reste lent. Les autorités misent depuis plusieurs années sur le déploiement des énergies renouvelables, avec des objectifs ambitieux fixés à l’horizon 2030, mais la cadence des mises en service reste en retrait par rapport au rythme initialement programmé.

La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG), opérateur historique, demeure exposée à la volatilité des prix du gaz importé, principal poste de coût de son mix de production. Tout choc sur les marchés internationaux se répercute presque immédiatement sur la subvention énergétique versée par l’État, l’un des principaux postes de dépense budgétaire à Tunis. Le gouvernement a engagé une trajectoire progressive de vérité des prix sur les carburants, sans pour autant supprimer l’amortisseur public qui pèse sur les comptes.

Enjeu budgétaire et signal pour les bailleurs

La détente observée à fin février intervient dans un contexte où la Tunisie cherche à consolider ses équilibres macroéconomiques sans recourir formellement au Fonds monétaire international. La réduction du déficit énergétique allège la pression sur la balance courante et, par ricochet, sur les réserves de change libellées en devises. Tout repli durable de la facture nette d’hydrocarbures soutient également la stabilité du dinar, mis sous tension ces dernières années par les besoins en devises liés au service de la dette extérieure.

Les chiffres communiqués couvrent toutefois une période courte de deux mois, ce qui invite à la prudence quant à l’extrapolation sur l’ensemble de l’exercice. Les volumes d’exportation peuvent fluctuer selon le calendrier des cargaisons et les arbitrages opérés sur la redevance gazière. Le maintien de la tendance dépendra, en outre, de l’évolution des cours du Brent et des contrats gaziers indexés, ainsi que de la capacité du pays à accélérer la mise en service des projets solaires attribués lors des derniers cycles d’appels d’offres.

Pour les investisseurs et bailleurs internationaux suivant la trajectoire tunisienne, le signal envoyé par ces données reste positif, sans constituer un retournement structurel. Selon Financial Afrik, l’Observatoire national de l’énergie et des mines confirme que l’embellie reste essentiellement portée par la performance des exportations.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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