Le projet gazier Yakaar-Teranga, situé au large de Dakar, traverse une zone de turbulences qui aboutit à la séparation entre les parties prenantes. Initialement perçu comme la deuxième jambe de la stratégie gazière sénégalaise après Grand Tortue Ahmeyim (GTA), ce gisement offshore devait alimenter prioritairement le marché domestique en gaz naturel, soutenir le programme « Gas-to-Power » et nourrir l’ambition d’industrialisation portée par les autorités. La sortie de scène du major britannique BP marque une bascule dans la trajectoire de ce dossier emblématique.
Une découverte prometteuse devenue dossier sensible
Découvert en 2017 dans le bloc Cayar Offshore Profond, Yakaar-Teranga affichait des volumes estimés à plusieurs dizaines de billions de pieds cubes de gaz, suffisants pour soutenir une production sur plusieurs décennies. Le projet associait alors Kosmos Energy, BP et Petrosen, la société nationale des pétroles du Sénégal. Le passage de relais entre Kosmos et BP en 2019, à la faveur d’un accord global sur les actifs sénégalais et mauritaniens de l’américain, avait conforté l’idée d’un déploiement industriel cohérent à l’échelle régionale.
Plusieurs éléments ont, depuis, érodé l’élan initial. La complexité technique d’un développement principalement orienté vers le marché intérieur, la modestie relative de la demande domestique sénégalaise comparée aux capacités du gisement, ainsi que les arbitrages capitalistiques imposés par la transition énergétique au sein des grandes compagnies pétrolières ont pesé. Dans le même temps, la priorité opérationnelle de BP s’est concentrée sur GTA, dont la première phase a connu un calendrier tendu et un dépassement budgétaire significatif avant la mise en service.
Une rupture inscrite dans un nouveau cycle politique
L’arrivée au pouvoir d’une nouvelle équipe dirigeante à Dakar, en 2024, a accentué la pression sur les contrats hydrocarbures. Le gouvernement a publiquement engagé une revue des accords pétroliers et gaziers, avec pour mot d’ordre le rééquilibrage de la part revenant à l’État et à Petrosen. Cette doctrine de souveraineté énergétique a percuté un projet déjà fragilisé par des arbitrages techniques et financiers défavorables.
Pour le major britannique, le maintien dans Yakaar-Teranga supposait des engagements lourds dans un environnement contractuel et fiscal en cours de redéfinition. La décision de céder ses intérêts s’inscrit dans une stratégie plus large de rationalisation du portefeuille amont, alors que BP a annoncé ces derniers trimestres une réorientation de ses investissements vers des actifs jugés plus rémunérateurs et moins exposés. Le calendrier de séparation, scandé par plusieurs notifications formelles, signe la fin d’un cycle ouvert près de sept ans plus tôt.
Quels relais industriels pour le gisement ?
La sortie de BP rebat les cartes du tour de table. Petrosen voit mécaniquement son rôle renforcé, à la fois comme garant de la continuité du projet et comme interlocuteur central pour identifier un nouvel opérateur. Plusieurs profils sont évoqués dans le secteur : compagnies nationales du Golfe en quête de diversification géographique, indépendants spécialisés dans le gaz africain, ou encore groupes asiatiques intéressés par des positions long terme. Aucun nom n’a été officialisé à ce stade.
L’enjeu industriel reste considérable. Le Sénégal a fait du gaz domestique l’ossature de sa stratégie d’électrification compétitive, avec la conversion progressive de centrales thermiques au fioul vers le gaz naturel et le déploiement d’unités nouvelles. Tout retard supplémentaire sur Yakaar-Teranga repousse l’horizon d’une baisse structurelle des coûts de production électrique, alors que la facture énergétique pèse sur les comptes publics et sur la compétitivité du tissu productif local.
Reste la question de la valorisation. Selon les paramètres du futur partenariat, le gisement pourrait être développé selon un schéma allégé, par phases, avec une première tranche calibrée sur la demande intérieure avant un éventuel volet exportation sous forme de gaz naturel liquéfié. Le dossier illustre, à lui seul, la difficulté pour un État producteur de concilier souveraineté contractuelle, rentabilité industrielle et calendrier d’exécution dans un marché gazier mondial en recomposition rapide. Selon Financial Afrik, la chronologie du retrait de BP éclaire désormais les arbitrages à venir.
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