Kumi Naidoo plaide pour un traité contre les énergies fossiles

Photograph of an abandoned industrial building with a power line tower against a blue sky.Photo : Shantum Singh / Pexels

Le militant écologiste sud-africain Kumi Naidoo monte au créneau pour réclamer un cadre contraignant de réduction des énergies fossiles, à l’occasion de la première conférence internationale dédiée à leur sortie progressive. Ancien dirigeant de Greenpeace International et d’Amnesty International, il préside aujourd’hui l’initiative pour un traité de non-prolifération des combustibles fossiles, un instrument juridique inspiré des régimes de désarmement nucléaire. Son objectif : enclencher un mécanisme multilatéral de plafonnement, puis de réduction, de la production de pétrole, de gaz et de charbon, identifiés comme les principaux émetteurs de gaz à effet de serre.

Une trajectoire politique forgée dans la lutte anti-apartheid

Kumi Naidoo n’est pas un militant climatique de la première heure. L’homme a d’abord milité, adolescent, contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud, avant de devenir une voix internationale des droits humains. Il confie avoir longtemps perçu l’écologie comme une préoccupation lointaine, réservée aux populations blanches et aisées des pays industrialisés. Cette distance initiale, partagée par de nombreux militants du Sud global, traduit une réalité ancienne : la cause environnementale a longtemps été portée par des organisations occidentales dont les priorités épousaient mal les urgences sociales africaines.

Son basculement vers le climat s’est opéré au contact des communautés rurales sud-africaines, premières victimes de la sécheresse, de la pollution charbonnière et des déplacements forcés liés aux projets extractifs. Il défend depuis une lecture intersectionnelle, où justice climatique, justice raciale et justice économique s’imbriquent. Cette grille analytique imprègne son plaidoyer actuel pour un traité contraignant.

Le projet de traité de non-prolifération des fossiles

L’initiative qu’il préside réunit aujourd’hui plus d’une douzaine d’États, principalement des petits pays insulaires du Pacifique exposés à la montée des eaux, ainsi qu’un nombre croissant de villes, de parlementaires et d’institutions scientifiques. Le texte envisagé reposerait sur trois piliers : la non-prolifération, c’est-à-dire l’arrêt de tout nouveau projet d’exploration ou d’expansion ; la réduction graduelle de la production existante alignée sur l’objectif de 1,5 °C ; et une transition juste financée par les économies historiquement responsables des émissions.

Pour les pays africains producteurs d’hydrocarbures, l’équation est délicate. L’Algérie, la Libye, le Nigeria, l’Angola, le Gabon, la République du Congo, mais aussi les nouveaux entrants comme le Sénégal, la Mauritanie, le Mozambique ou l’Ouganda, comptent sur les recettes fossiles pour financer leurs budgets et leurs projets d’industrialisation. Plusieurs gouvernements du continent rappellent que l’Afrique n’a contribué que marginalement au stock historique de gaz à effet de serre et revendiquent un droit de tirage sur leurs ressources, à l’image de ce qu’ont fait les économies avancées au XXe siècle.

Un débat structurant pour les capitales africaines

Kumi Naidoo récuse pourtant l’idée d’un développement adossé aux énergies fossiles. Il soutient que les coûts sanitaires, climatiques et sociaux des hydrocarbures excèdent désormais leurs bénéfices budgétaires, et plaide pour un transfert massif de technologies renouvelables, de financements concessionnels et de mécanismes d’allègement de dette en faveur des États africains qui s’engageraient dans une trajectoire de sortie. Son argumentaire rejoint celui de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), qui chiffre à plusieurs centaines de milliards de dollars le besoin annuel d’investissements verts sur le continent.

La fenêtre politique reste étroite. Les négociations climatiques onusiennes, marquées par les conclusions ambivalentes des dernières COP sur la formulation d’une « sortie » ou d’une « transition hors » des fossiles, peinent à produire des engagements opposables. Un traité ad hoc, indépendant du cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), permettrait selon ses promoteurs de contourner la règle du consensus qui paralyse les avancées. Reste à convaincre les grandes capitales productrices, du Golfe à Washington, qu’un tel instrument sert leurs intérêts de long terme. Le militant sud-africain mise sur la pression conjointe des États vulnérables, des opinions publiques et des marchés financiers pour faire bouger les lignes. Selon RFI Afrique.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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