Le Conseil des ministres réuni le 30 avril 2026 à Libreville a autorisé l’État gabonais à contracter un emprunt de 173 millions d’euros, soit environ 113,5 milliards de FCFA, auprès de l’Agence française de développement (AFD). Ce concours sera complété par une subvention de 30 millions d’euros, équivalente à 19,7 milliards de FCFA, apportée par l’Union européenne. Au total, près de 133 milliards de FCFA seront mobilisés pour redonner vie au Transgabonais, infrastructure ferroviaire considérée comme l’épine dorsale logistique du pays. Il s’agit du plus important investissement engagé sur le rail gabonais depuis sa mise en service.
Un axe ferroviaire stratégique pour l’économie gabonaise
Long de 670 kilomètres, le Transgabonais relie Owendo, port principal de Libreville, à Franceville, dans le sud-est du pays. Conçu dans les années 1970 et achevé en 1986, il assure l’évacuation du manganèse de Moanda, exploité par la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe Eramet. Le rail concentre également une part significative du trafic de bois, de produits pétroliers et de marchandises diverses, sans oublier le transport de voyageurs entre les principales villes de l’intérieur. La dégradation progressive de la voie, accentuée par des éboulements répétés et une pluviométrie agressive, fragilise depuis plusieurs années la chaîne logistique nationale.
L’enjeu économique dépasse la seule logistique minière. Le manganèse demeure l’une des principales sources de devises du Gabon, et tout ralentissement du trafic ferroviaire se répercute directement sur les recettes d’exportation. La rénovation de l’infrastructure conditionne aussi la diversification industrielle voulue par les autorités issues de la transition, qui ambitionnent de réduire la dépendance aux hydrocarbures. Plusieurs projets d’investissement dans la transformation locale du bois et des minerais reposent sur la fiabilité du Transgabonais.
Un financement combiné porté par l’AFD et l’Union européenne
Le montage financier retenu illustre le retour des bailleurs européens sur les grandes infrastructures gabonaises. L’Agence française de développement, déjà engagée sur plusieurs projets d’eau, d’énergie et de mobilité urbaine dans le pays, accorde un prêt souverain de 173 millions d’euros à des conditions concessionnelles. L’apport non remboursable de Bruxelles, à hauteur de 30 millions d’euros, vient alléger le coût global de l’opération pour le Trésor gabonais. Cette articulation entre prêt bilatéral et subvention communautaire correspond au modèle de financement mixte que l’Union européenne déploie désormais dans le cadre de sa stratégie Global Gateway.
Pour Libreville, le recours à ce guichet présente plusieurs avantages. La maturité longue et les taux préférentiels offerts par l’AFD limitent la pression sur le service de la dette, dans un contexte où l’État cherche à contenir son endettement après les tensions budgétaires des dernières années. La subvention européenne, quant à elle, réduit mécaniquement le besoin de financement net. Reste que l’opération devra être validée par le Parlement de transition avant tout décaissement, conformément à la procédure budgétaire en vigueur.
Un chantier sous pression de calendrier et d’exécution
La réhabilitation du Transgabonais ne se résume pas à un changement de rails. Elle suppose le renouvellement de traverses, la consolidation d’ouvrages d’art, la modernisation de la signalisation et la sécurisation des zones exposées aux glissements de terrain. La société d’exploitation Setrag, filiale de la Comilog, conduit depuis 2016 un programme de remise à niveau qui n’a pu, faute de moyens suffisants, traiter l’ensemble des points critiques. Le nouveau financement vise précisément à accélérer ces travaux et à porter la voie au niveau de standards permettant une circulation continue et sécurisée.
La capacité d’absorption du chantier constituera un test pour l’administration gabonaise. Les délais de passation des marchés, la coordination avec l’opérateur ferroviaire et la gestion des perturbations de trafic durant les travaux figurent parmi les principaux points de vigilance. À l’horizon 2027, les autorités espèrent une montée en charge sensible du tonnage transporté, au bénéfice à la fois des recettes publiques et des opérateurs privés tributaires du rail. Selon Gabon Review, ce financement constitue le plus important engagement extérieur consenti pour le Transgabonais depuis son inauguration.
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