La Tanzanie courtise Dangote pour une raffinerie géante à Tanga

A detailed view of industrial pipelines in a Saudi Arabian factory setting.Photo : Mumtaz Niazi / Pexels

La Tanzanie a officiellement invité le groupe Dangote à porter un projet de raffinerie de grande capacité sur son littoral nord, à Tanga. L’initiative, révélée début mai 2026, vise à reproduire à l’échelle est-africaine le modèle industriel déployé par le conglomérat nigérian à Lekki, où la plus grande raffinerie du continent est entrée en service. Pour Dodoma, l’opération s’inscrit dans une stratégie d’industrialisation et de souveraineté énergétique qui dépasse largement les seules frontières nationales.

Le choix de Tanga n’est pas anodin. Deuxième port du pays, la ville bénéficie d’une position maritime stratégique sur l’océan Indien, à proximité immédiate du Kenya et des couloirs logistiques qui irriguent l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et l’est de la République démocratique du Congo. L’infrastructure portuaire, en cours de modernisation, est appelée à jouer un rôle pivot dans l’évacuation des hydrocarbures raffinés vers ces marchés enclavés, traditionnellement approvisionnés depuis Mombasa ou Dar es Salaam.

Un appel à Dangote pour combler le déficit de raffinage est-africain

L’Afrique de l’Est demeure structurellement dépendante des importations de produits pétroliers finis. Faute de capacités locales suffisantes, la sous-région importe l’essentiel de son essence, de son gazole et de son kérosène depuis le Golfe persique et l’Inde, exposant ses balances commerciales aux soubresauts du marché et aux variations du dollar. La construction d’une raffinerie majeure à Tanga modifierait cette équation, en captant une partie de la valeur ajoutée aujourd’hui transférée hors du continent.

Aliko Dangote a fait de la verticalisation pétrolière sa nouvelle frontière industrielle. Sa raffinerie nigériane, dont la capacité nominale atteint 650 000 barils par jour, a redéfini les flux énergétiques ouest-africains et commence à exporter vers l’Europe et les Amériques. Reproduire ce schéma sur la côte swahilie offrirait au groupe un débouché vers un marché de plus de 300 millions de consommateurs, tout en sécurisant un accès direct aux routes maritimes asiatiques.

Tanga, port stratégique au cœur d’un corridor régional

Au-delà de la dimension industrielle, le projet illustre la montée en puissance de la diplomatie économique tanzanienne. Sous l’impulsion de la présidente Samia Suluhu Hassan, le pays multiplie les annonces de partenariats avec des champions du secteur privé africain, dans une logique d’intégration continentale et de mise en œuvre concrète de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Attirer Dangote, figure emblématique du capitalisme industriel africain, constitue à cet égard un signal politique fort.

Reste que la concrétisation d’un tel projet suppose des arbitrages lourds. Le financement d’une raffinerie de classe mondiale exige plusieurs milliards de dollars, des garanties souveraines et un cadre réglementaire stable sur la durée. Les approvisionnements en brut devront être sécurisés, soit auprès des producteurs régionaux comme l’Ouganda, dont les champs du lac Albert doivent être reliés à Tanga via l’oléoduc EACOP, soit via des contrats long terme avec les majors du Golfe.

Un pari industriel aux ramifications géopolitiques

L’éventuelle implantation du groupe nigérian à Tanga s’inscrirait également dans une compétition régionale latente. Le Kenya voisin, longtemps acteur central du raffinage est-africain avant la fermeture de son site de Mombasa, ambitionne de revenir dans le jeu. L’Ouganda, de son côté, pousse depuis plusieurs années un projet de raffinerie à Hoima, dont l’avancement reste incertain. Une décision favorable de Dangote en faveur de Tanga consoliderait durablement la centralité tanzanienne dans l’architecture énergétique régionale.

Les discussions entre Dodoma et le conglomérat n’ont pas encore livré d’engagement contractuel ferme, ni de calendrier précis. Mais la séquence diplomatique en cours témoigne d’une volonté politique assumée de transformer la Tanzanie en hub pétrolier et industriel de la façade orientale du continent. Pour Dangote, l’arbitrage entre expansion géographique et consolidation de l’outil nigérian sera décisif. Selon Financial Afrik, l’invitation officielle a été formalisée par les autorités tanzaniennes auprès du groupe industriel.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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