Tebboune en Turquie pour activer le partenariat stratégique

The Ak Orda Presidential Palace with its distinctive blue dome under a clear sky in Astana, Kazakhstan.Photo : Нурлан / Pexels

La visite d’État du président algérien Abdelmadjid Tebboune en Turquie, entamée mercredi 6 mai, marque une étape symbolique dans la trajectoire d’un partenariat bilatéral en pleine accélération. Le chef de l’État algérien participe ce jeudi à la première réunion du Conseil de coopération stratégique de haut niveau, instance créée en 2020 lors d’un précédent déplacement présidentiel à Alger. Ce format, calqué sur les outils diplomatiques qu’Ankara a déjà déployés avec plusieurs partenaires africains et européens, vise à institutionnaliser un dialogue politique et économique régulier entre les deux capitales.

Un Conseil de coopération stratégique pour structurer la relation

Activer concrètement ce conseil cinq ans après sa création répond à une logique de rattrapage. Les deux pays entretiennent depuis plusieurs années un dialogue dense, mais la formalisation des chantiers communs restait en deçà des ambitions affichées. Pour Alger, l’enjeu consiste à consolider une diplomatie économique offensive, dans le prolongement de la doctrine de diversification des partenaires défendue par la présidence algérienne. Pour Ankara, il s’agit d’arrimer durablement un acteur central du Maghreb, dont le marché et la position géographique offrent un débouché naturel à l’industrie turque.

La séquence diplomatique se déroule alors que les échanges commerciaux entre les deux pays figurent déjà parmi les plus dynamiques du pourtour méditerranéen sud. La Turquie est devenue, au fil des dernières années, l’un des principaux investisseurs étrangers hors hydrocarbures en Algérie, avec une présence affirmée dans la sidérurgie, le textile, l’agroalimentaire et le bâtiment. Plusieurs centaines d’entreprises turques opèrent désormais sur le territoire algérien, employant une main-d’œuvre locale significative et alimentant un tissu industriel en quête de montée en gamme.

Diversification économique : la carte turque d’Alger

La volonté algérienne d’élargir son spectre de partenaires économiques constitue la toile de fond de cette visite. Confronté à un environnement régional turbulent et à la nécessité de réduire la dépendance de son économie aux hydrocarbures, le pouvoir algérien multiplie depuis 2022 les ouvertures vers des partenaires non occidentaux. La Turquie, qui se présente comme une puissance industrielle émergente capable de transférer des technologies à des coûts compétitifs, s’inscrit naturellement dans cette équation. Les autorités algériennes entendent capter des investissements directs, encourager les coentreprises et attirer des savoir-faire dans des filières jugées prioritaires, à commencer par la transformation de l’acier et la pétrochimie.

Côté turc, le président Recep Tayyip Erdoğan joue la carte d’une présence économique consolidée pour compenser les difficultés rencontrées sur d’autres marchés. La livre turque sous tension et l’inflation persistante poussent les groupes industriels d’Anatolie à rechercher des relais de croissance solvables. L’Algérie, qui dispose de réserves de change confortables et d’une commande publique soutenue, offre un terrain d’expansion privilégié. Les discussions devraient porter sur l’élargissement des secteurs ouverts aux capitaux turcs, en particulier dans la défense, les infrastructures portuaires et l’énergie.

Une dimension politique et régionale assumée

Au-delà des dossiers économiques, la visite charrie une dimension politique nette. Alger et Ankara partagent plusieurs lectures convergentes des dossiers régionaux, notamment sur la Libye, où les deux capitales soutiennent les autorités de Tripoli, et sur la situation au Sahel, marquée par le retrait des partenaires européens traditionnels. La crise à Gaza et le positionnement vis-à-vis d’Israël offrent également un terrain d’entente, les deux pays ayant adopté des postures critiques fermes à l’égard de la conduite israélienne dans l’enclave palestinienne.

Ce rapprochement n’est pas exempt de zones de friction. La Turquie entretient des relations économiques nourries avec le Maroc, rival régional d’Alger, et la concurrence entre groupes turcs et chinois ou européens reste vive sur le marché algérien. Reste que la trajectoire de fond demeure favorable à un approfondissement, comme en témoigne la fréquence des visites de haut niveau échangées depuis 2020. La signature attendue de plusieurs accords à l’issue de la rencontre d’Ankara devrait préciser le calendrier opérationnel des prochains chantiers communs, depuis la facilitation des investissements jusqu’à la coopération en matière de formation professionnelle.

Selon RFI Afrique.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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