Mali : au moins 23 morts dans une attaque à Kati, près de Bamako

Aerial view of wooden boats along the Niger River in Bamako, Mali. Busy riverbank activity.Photo : Fatih Turan / Pexels

Le bilan de l’attaque survenue samedi à Kati, à une quinzaine de kilomètres de Bamako, s’est alourdi à au moins 23 morts, selon une source hospitalière citée par l’AFP. La ville, qui abrite le principal camp militaire du Mali et la résidence du chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, est frappée au cœur de son dispositif sécuritaire. L’incident souligne la capacité des assaillants à projeter la violence jusqu’aux abords immédiats de la capitale, dans une zone que les autorités présentaient jusqu’ici comme un sanctuaire.

Une attaque au cœur du sanctuaire militaire malien

Kati n’est pas une localité comme les autres. Berceau historique de l’armée malienne, la ville héberge le camp Soundiata-Keïta, point de départ des coups d’État de 2012, 2020 et 2021. Y mener une opération meurtrière revêt donc une portée hautement symbolique, au-delà du bilan humain. Le précédent assaut spectaculaire à proximité de Bamako remontait à septembre 2024, lorsqu’une attaque revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, affilié à al-Qaïda) avait visé l’école de gendarmerie de Faladié et l’aéroport militaire.

Selon les informations recueillies auprès du milieu médical, les victimes ont été acheminées vers les structures hospitalières de Kati et de Bamako tout au long de la journée de samedi. Le nombre de blessés n’a pas été précisé, et les autorités maliennes n’ont pas, à ce stade, communiqué de bilan officiel ni revendiqué l’identification des assaillants. La prudence reste de mise sur la nature exacte du mode opératoire et sur l’éventuelle revendication.

Une dégradation sécuritaire qui remonte vers le sud

Depuis plusieurs mois, la pression jihadiste, longtemps cantonnée au nord et au centre du pays, s’étend vers les régions méridionales. Le GSIM multiplie les opérations contre les axes logistiques, en particulier les corridors d’approvisionnement en hydrocarbures reliant le Mali à la Côte d’Ivoire et au Sénégal. Plusieurs convois de camions-citernes ont été incendiés ces dernières semaines, provoquant des tensions sur l’approvisionnement en carburant à Bamako et alimentant l’inquiétude des opérateurs économiques.

Cette stratégie d’asphyxie économique se conjugue à une intensification des attaques contre les positions des Forces armées maliennes (FAMa) et de leurs partenaires russes du contingent issu de l’ex-Wagner, désormais rebaptisé Africa Corps. Les autorités de transition, qui ont rompu avec la France et la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) depuis 2022 et 2023, peinent à contenir l’expansion territoriale des groupes armés malgré l’appui de Moscou.

Pour la junte, un défi politique autant que sécuritaire

L’attaque de Kati intervient dans un contexte politique tendu. Le pouvoir militaire, qui a reporté sine die le retour à un ordre constitutionnel et fait dissoudre les partis politiques au printemps, voit sa promesse de restauration de la sécurité directement mise à l’épreuve. La proximité géographique avec Bamako rend tout incident dans cette zone particulièrement sensible pour l’opinion publique et pour les chancelleries de la région.

Pour les voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger depuis sa formalisation en 2024, l’événement résonne comme un signal d’alarme. La doctrine de souveraineté sécuritaire revendiquée par les trois juntes repose sur la démonstration d’une efficacité militaire supérieure à celle des dispositifs occidentaux qui les ont précédés. Or, la capacité des groupes armés à frapper en zone urbaine, à proximité immédiate du pouvoir central, fragilise ce récit.

Les acteurs économiques régionaux, notamment les transporteurs et les opérateurs portuaires d’Abidjan, de Dakar et de Lomé, surveillent de près l’évolution de la situation. Une généralisation de l’insécurité aux abords de Bamako pèserait directement sur les flux commerciaux ouest-africains, dont une part significative transite par les corridors maliens. Selon Dakaractu, le bilan communiqué par les sources hospitalières pourrait encore évoluer dans les heures à venir.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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