Liban : Jihad el-Samad maintient son cap politique en solitaire

Aerial view of Beirut's cityscape featuring historic architecture and urban skyline.Photo : Jo Kassis / Pexels

Au Liban, la figure de Jihad el-Samad s’inscrit dans un paysage politique fragmenté, où les loyautés communautaires et les alliances de circonstance dominent encore largement le jeu. Le quotidien Al Akhbar consacre une analyse à ce responsable du Nord-Liban, élu de la région du Denniyé, en soulignant la constance d’un parcours souvent décrit comme solitaire. Dans un pays traversé depuis 2019 par une crise économique sans précédent et une vacance institutionnelle prolongée, ce type de profil politique mérite l’attention des analystes attentifs aux équilibres internes libanais.

Une fidélité politique revendiquée dans le Nord-Liban

Jihad el-Samad est issu d’une famille politique enracinée dans le Denniyé, district sunnite du Nord-Liban dont le poids électoral n’a cessé d’évoluer au fil des recompositions parlementaires. Selon le portrait dressé par Al Akhbar, l’intéressé revendique une ligne stable, refusant les ralliements opportunistes qui ont marqué la vie politique du pays depuis l’accord de Taëf. Cette posture d’indépendance, dans un environnement où la prime va généralement aux formations structurées, fait figure d’exception.

Le quotidien insiste sur la dimension presque anachronique de cet engagement. Là où les principaux blocs sunnites ont oscillé entre l’orbite du Courant du Futur, longtemps dirigé par Saad Hariri, et des tentatives de regroupements alternatifs, Jihad el-Samad a maintenu un positionnement propre. Sa famille politique se distingue par un dialogue assumé avec les forces du « 8 mars », notamment le Hezbollah et le mouvement Amal, sans pour autant s’y fondre.

Une lecture à contre-courant des alliances sunnites

La singularité de cette trajectoire tient à un choix stratégique rare dans la communauté sunnite libanaise : entretenir des canaux de communication avec l’axe pro-iranien tout en revendiquant une identité distincte. Cette équation, périlleuse depuis l’assassinat de Rafic Hariri en 2005, a longtemps marginalisé ses partisans dans les grandes coordinations sunnites du pays. Le retrait progressif de Saad Hariri de la scène politique, officialisé en janvier 2022, a rebattu les cartes et ouvert un espace pour des figures comme Jihad el-Samad.

Al Akhbar, journal réputé proche de la sensibilité du 8 mars, met en avant la cohérence intellectuelle de cette ligne. L’article décrit un homme attaché à la défense de positions souverainistes, hostile à ce qu’il perçoit comme une dépendance excessive à l’égard des parrainages régionaux, qu’ils soient saoudiens ou occidentaux. Cette grammaire politique le rapproche de courants minoritaires au sein du sunnisme libanais, qui peinent à exister face à la machine électorale héritée du haririsme.

Une solitude politique aux résonances stratégiques

La solitude évoquée dans le titre du quotidien renvoie autant à une réalité parlementaire qu’à une posture morale. Dans un Parlement libanais où les alliances transversales restent rares, défendre une ligne autonome expose à l’isolement institutionnel. Cette marginalité a néanmoins une valeur signalétique : elle révèle l’existence, dans le tissu sunnite du Nord, de sensibilités qui échappent aux grilles de lecture binaires opposant le 14 mars au 8 mars.

Pour les chancelleries qui suivent le dossier libanais, ces profils intermédiaires constituent des indicateurs précieux. Ils permettent de mesurer la profondeur des recompositions à l’œuvre depuis l’élection présidentielle de Joseph Aoun en janvier 2025 et la formation du gouvernement de Nawaf Salam. La capacité de figures comme Jihad el-Samad à peser sur les équilibres locaux dépendra largement de la prochaine échéance électorale, prévue en 2026, et de la manière dont les blocs sunnites se reconstruiront après l’effacement du Courant du Futur.

Reste que la portée nationale de ce type d’engagement demeure modeste. Le Denniyé, malgré son poids démographique, ne dispose pas du levier symbolique de Beyrouth ou de Tripoli. La trajectoire de Jihad el-Samad illustre néanmoins une réalité durable du système libanais : la persistance de notabilités régionales qui, en dépit des tempêtes économiques et géopolitiques, conservent une assise locale et une voix propre. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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