Au Mali, la donne sécuritaire vient de basculer. Le rapprochement entre le Front de libération de l’Azawad (FLA), héritier des mouvements indépendantistes touaregs du nord, et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), filiale sahélienne d’Al-Qaïda dirigée par Iyad Ag Ghali, dessine une coalition hybride qui prend en étau les forces armées maliennes (FAMa). Cette convergence, jugée improbable il y a encore deux ans, oblige Bamako à repenser ses lignes de défense alors que les attaques se multiplient sur les axes stratégiques du septentrion et gagnent désormais le centre du pays.
Une alliance que tout opposait sur le papier
Sur le plan idéologique, le FLA et le JNIM relèvent de matrices distinctes. Le premier porte un projet politique territorial centré sur l’Azawad, héritage des rébellions de 1990, 2006 et 2012, tandis que le second défend un agenda jihadiste transnational, indifférent aux frontières héritées de la colonisation. Cette distance doctrinale rendait toute coordination structurelle peu envisageable, d’autant que les deux mouvements se sont affrontés à plusieurs reprises depuis 2017 dans la région de Kidal.
Pourtant, la rupture entre les ex-groupes signataires de l’Accord d’Alger de 2015 et la junte au pouvoir à Bamako, consommée après la reprise de Kidal par les FAMa et leurs supplétifs russes en novembre 2023, a rebattu les cartes. Privés de leur sanctuaire historique, les cadres touaregs réorganisés sous la bannière du FLA ont trouvé dans la pression militaire commune un intérêt tactique à composer avec la nébuleuse d’Iyad Ag Ghali, lui-même issu de la communauté ifoghas.
Une pression militaire qui s’étend au-delà du Sahel central
Sur le terrain, les conséquences sont tangibles. Les embuscades coordonnées sur les axes Gao-Bourem, Léré-Niafunké et Boni-Hombori traduisent une mutualisation des renseignements et des capacités logistiques. Les colonnes de l’armée malienne, appuyées par les instructeurs de l’Africa Corps russe qui a succédé à Wagner, peinent à sécuriser durablement les itinéraires de ravitaillement. Dans plusieurs localités du nord, l’administration civile a cédé la place à une gouvernance de fait imposée par les groupes armés.
Le coût humain et économique grimpe. Les attaques contre les convois commerciaux étranglent l’approvisionnement de Tombouctou et de Gao, pendant que les sites miniers artisanaux de la région de Kidal échappent largement au contrôle de l’État. Pour Bamako, la perte de revenus douaniers et fiscaux sur ces corridors aggrave une situation budgétaire déjà tendue par la rupture avec les bailleurs occidentaux et la sortie de la Cedeao actée avec le Burkina Faso et le Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Bamako face à un dilemme stratégique
La junte du général Assimi Goïta a fait de la reconquête territoriale un pilier de sa légitimité. Or, l’élargissement du front au centre du pays, conjugué à la pression du JNIM aux portes de Bamako documentée par les attaques contre l’École de gendarmerie de Faladié en septembre 2024, fragilise ce récit. Les autorités de transition se trouvent confrontées à un choix difficile : intensifier l’effort militaire au risque d’épuiser une armée déjà sollicitée sur plusieurs théâtres, ou renouer un canal politique avec une partie de la rébellion touarègue pour briser l’alliance objective avec les jihadistes.
La seconde option se heurte à la posture officielle, qui qualifie indistinctement le FLA et le JNIM d’organisations terroristes depuis 2023. Toute négociation publique apparaît politiquement risquée pour un pouvoir qui s’est construit sur le rejet de l’Accord d’Alger. Pourtant, plusieurs observateurs régionaux estiment qu’une dissociation ciblée des composantes touarègues, sur le modèle des médiations algériennes des années 2010, demeure le seul levier susceptible de défaire l’attelage actuel.
À l’échelle de l’AES, la dynamique malienne pèse sur les capacités collectives de Ouagadougou et Niamey, eux-mêmes confrontés à des poussées jihadistes coordonnées. La perspective d’une force conjointe annoncée en janvier 2025 reste suspendue à la mobilisation effective de moyens humains et financiers. Selon Financial Afrik, l’alliance FLA-JNIM marque un tournant dont les répercussions dépassent largement le seul périmètre malien.
Pour aller plus loin
Moscou alerte sur un risque de confrontation entre puissances nucléaires · Mali : le ministre de la Défense Sadio Camara aurait été tué · Mali : Bamako dresse le bilan des attaques terroristes coordonnées

Be the first to comment on "Mali : l’alliance FLA-JNIM ébranle le pouvoir de Bamako"