La Cédéao condamne les attaques jihadistes au Mali et appelle à l’unité

A convoy of armored SUVs traversing a deserted desert road under a clear sky.Photo : Ben Khatry / Pexels

La Cédéao a haussé le ton après la nouvelle vague d’attaques jihadistes qui frappe le Mali. Dans un communiqué, l’organisation régionale a fermement condamné ces opérations meurtrières et appelé ses quinze États membres à s’unir et à se mobiliser pour endiguer la progression des groupes armés. Cette prise de position intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement dégradé, marqué par la multiplication des frappes contre les forces armées maliennes et les populations civiles, notamment dans le centre et le nord du pays.

Une condamnation qui s’inscrit dans un contexte régional explosif

Le communiqué de la Cédéao met en avant la nécessité d’une réponse collective face à un phénomène qui ne connaît plus de frontières. Depuis plusieurs années, la zone dite des trois frontières, à la jonction du Mali, du Burkina Faso et du Niger, sert de sanctuaire à des groupes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et à l’État islamique au Sahel. Les attaques récentes, qui visent aussi bien les emprises militaires que les axes logistiques, témoignent d’une montée en puissance opérationnelle des katibas jihadistes.

L’organisation ouest-africaine rappelle que la sécurité d’un État membre engage celle de tous. Le message s’adresse implicitement aux pays côtiers du golfe de Guinée, désormais directement exposés aux incursions venues du Sahel. Le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire ont déjà subi des attaques sur leurs marges septentrionales, signe que le théâtre des opérations s’étend bien au-delà des trois États sahéliens historiquement concernés.

Le paradoxe d’un appel à l’unité après la rupture sahélienne

L’appel à la mobilisation collective revêt une dimension paradoxale. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont officialisé en janvier 2024 leur retrait de la Cédéao, dénonçant une organisation jugée inféodée à des intérêts étrangers et incapable de soutenir efficacement leurs juntes dans la lutte antiterroriste. Cette rupture a profondément reconfiguré le paysage diplomatique régional.

Bamako reproche à l’institution ouest-africaine les sanctions imposées après le coup d’État de mai 2021, mais aussi son refus de fournir un appui militaire direct contre les groupes armés. La condamnation de la Cédéao, bien que sans ambiguïté sur le plan moral, peine donc à trouver un relais opérationnel auprès des autorités maliennes de transition. Le général Assimi Goïta privilégie depuis plusieurs mois un partenariat sécuritaire avec la Russie, à travers les éléments de l’Africa Corps qui ont succédé au groupe Wagner.

Reste que la Cédéao a tenté ces derniers mois de maintenir des canaux de dialogue avec les capitales sahéliennes. Plusieurs émissaires ont été dépêchés pour préserver les acquis communautaires, notamment la libre circulation des personnes et des marchandises. La condamnation des attaques au Mali peut être lue comme un geste de réengagement, destiné à rappeler que l’organisation régionale reste un interlocuteur, en dépit du divorce institutionnel.

Une menace qui pèse sur l’économie régionale

Au-delà de la dimension sécuritaire, la dégradation du contexte malien produit des effets en cascade sur l’économie ouest-africaine. Les corridors logistiques reliant le port d’Abidjan ou celui de Dakar aux marchés sahéliens subissent des retards et des surcoûts liés aux escortes militaires. Les compagnies minières opérant au Mali, notamment dans le secteur aurifère, ajustent leurs dispositifs de sûreté, tandis que les investisseurs étrangers réévaluent leur exposition au risque souverain.

La Cédéao, qui revendique un marché commun de plus de 400 millions d’habitants, joue ici une partie de sa crédibilité. Sa capacité à articuler une réponse cohérente face au terrorisme conditionne en grande partie la confiance des partenaires économiques internationaux. Concrètement, les bailleurs multilatéraux comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement scrutent les positions de l’organisation avant d’engager de nouveaux programmes structurants dans la région.

Les prochaines semaines diront si l’appel à l’unité lancé depuis Abuja parvient à dépasser le registre déclaratif. La tenue d’un sommet extraordinaire consacré à la sécurité pourrait constituer une étape utile, à condition d’inclure, sous une forme à définir, les États membres de l’AES. Selon PressAfrik, le communiqué de la Cédéao insiste sur la nécessité pour les pays de la sous-région de s’unir et de se mobiliser face à la menace.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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