Maroc : le chômage grimpe à 10,8 % au premier trimestre 2026

A dramatic black and white aerial view of Casablanca's cityscape with iconic skyscrapers.Photo : Moussa Idrissi / Pexels

Le taux de chômage au Maroc s’est fixé à 10,8 % sur les trois premiers mois de 2026, d’après la note de conjoncture du Haut-Commissariat au Plan (HCP) consacrée au marché du travail. Ce niveau confirme la persistance d’un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande d’emploi dans le royaume chérifien, malgré les programmes successifs de soutien à l’activité et à l’investissement productif. Les disparités territoriales et démographiques restent l’élément le plus saillant du diagnostic livré par l’institution statistique.

Une fracture territoriale toujours marquée

Le chômage marocain demeure d’abord un phénomène urbain. En ville, le taux atteint 13,5 %, soit plus du double de celui mesuré dans les zones rurales, où il s’établit à 6,1 %. Cet écart traduit la concentration de la population active diplômée dans les grandes agglomérations comme Casablanca, Rabat ou Tanger, ainsi que la difficulté du tissu économique urbain à absorber les flux de nouveaux entrants sur le marché du travail.

En milieu rural, le taux apparemment plus favorable masque une réalité différente. Le sous-emploi agricole, la précarité saisonnière et le poids du travail informel contribuent à diminuer artificiellement la mesure officielle du chômage. La sécheresse récurrente qui frappe plusieurs régions agricoles a par ailleurs poussé une partie de la main-d’œuvre vers l’inactivité ou l’exode, plutôt que vers une recherche active d’emploi comptabilisée par le HCP.

Femmes et jeunes en première ligne

La lecture genrée des chiffres confirme une asymétrie déjà bien documentée. Les femmes affichent un taux de chômage de 16,1 %, contre 9,4 % pour les hommes. Cet écart de près de sept points renvoie à des barrières persistantes d’accès au marché du travail formel, à la faible participation féminine à l’activité économique et à la concentration de l’emploi féminin dans des secteurs vulnérables comme le textile, les services domestiques ou l’agriculture saisonnière.

La situation des jeunes constitue le point le plus préoccupant du tableau dressé par le Haut-Commissariat au Plan. Près de trois actifs sur dix âgés de 15 à 24 ans se trouvent sans emploi, avec un taux de 29,2 %. La tranche des 25-34 ans, qui regroupe l’essentiel des diplômés du supérieur, présente quant à elle un taux de 16,1 %. Ces niveaux interrogent l’efficacité du couplage entre système éducatif et besoins du tissu productif, ainsi que la capacité des dispositifs publics d’insertion à transformer les diplômes en trajectoires professionnelles stables.

Un défi pour la stratégie économique du royaume

Les données du premier trimestre 2026 interviennent alors que le Maroc déploie une stratégie volontariste de positionnement industriel, notamment dans l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables et l’externalisation de services. Rabat mise sur les grands chantiers liés à l’organisation de la Coupe du monde 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal, pour créer des emplois dans le bâtiment, les infrastructures et l’hôtellerie. Reste que la transformation des investissements en emplois durables, qualifiés et accessibles aux jeunes diplômés demeure le maillon faible de la séquence.

Le gouvernement a engagé plusieurs réformes du marché du travail, parmi lesquelles la refonte des contrats de première embauche, l’élargissement de la couverture sociale et le programme Awrach de soutien temporaire à l’emploi. L’efficacité de ces dispositifs sera mesurée à l’aune de leur capacité à enrayer la dynamique mise en évidence par le HCP, particulièrement chez les jeunes urbains et les femmes.

La question de l’emploi se trouve désormais au cœur du dialogue entre l’exécutif, les partenaires sociaux et les bailleurs internationaux. Le Fonds monétaire international, dans ses récentes consultations avec Rabat, a souligné la nécessité d’élever le taux d’activité féminin et de mieux articuler formation et marché du travail pour soutenir la croissance potentielle. Sans une inflexion sur ces leviers, le décrochage observé au premier trimestre risque de se prolonger sur l’ensemble de l’exercice 2026. Selon Financial Afrik, ces données proviennent de la dernière note d’information du Haut-Commissariat au Plan sur la situation du marché du travail.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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