La République démocratique du Congo renoue avec une tradition réglementaire ancienne. Par un décret entré en vigueur le 30 avril 2026, le gouvernement de Kinshasa réserve aux seuls citoyens congolais l’accès au petit commerce et au commerce de détail sur l’ensemble du territoire national. Le ministère de l’Économie nationale, à l’origine du texte, justifie la décision par la nécessité de protéger les opérateurs économiques locaux face à une concurrence étrangère jugée envahissante dans les segments les plus accessibles du tissu marchand.
Un décret qui réactive une doctrine protectionniste
La mesure n’est pas inédite dans l’histoire économique congolaise. Dès les années 1970, sous Mobutu, la zaïrianisation avait déjà entendu transférer aux nationaux la propriété des petites unités commerciales détenues par des étrangers, avec les résultats contrastés que l’on connaît. Le décret de 2026 s’inscrit dans cette filiation, en visant cette fois explicitement les échoppes de quartier, les boutiques de détail, les commerces de proximité où Libanais, Indo-Pakistanais, Ouest-Africains et, plus récemment, ressortissants chinois ont consolidé d’importantes positions.
Selon le communiqué officiel, les opérateurs concernés bénéficient d’un délai de six mois à compter de l’entrée en vigueur du texte pour se conformer aux nouvelles dispositions. Concrètement, ils devront soit céder leur activité à un national, soit la repositionner vers des segments non réservés, comme l’import-export ou le commerce de gros. Passé ce délai, les contrevenants s’exposeront à des sanctions administratives et à la fermeture de leurs établissements.
Protéger un tissu marchand local fragilisé
L’argumentaire du ministère de l’Économie nationale repose sur un constat partagé par plusieurs organisations patronales congolaises : le commerce de détail urbain, en particulier à Kinshasa, Lubumbashi et Goma, échappe largement aux entrepreneurs nationaux. Les marges, la maîtrise des chaînes d’approvisionnement et l’accès au crédit informel auraient permis à des réseaux étrangers structurés de capter l’essentiel de la valeur ajoutée de ce segment, au détriment d’un entrepreneuriat local insuffisamment capitalisé.
Le pouvoir entend donc rebattre les cartes. La distinction entre petit commerce, commerce de détail et commerce de gros devient stratégique : elle dessine une ligne de partage entre des activités sanctuarisées au profit des Congolais et des segments demeurant ouverts à l’investissement étranger. Cette segmentation rejoint la philosophie de plusieurs codes commerciaux d’Afrique centrale et occidentale, où la notion de réserve sectorielle reste un instrument courant de politique industrielle.
Risques de mise en œuvre et signaux pour les investisseurs
La portée réelle du dispositif dépendra de la capacité de l’administration à le faire respecter. La RDC compte une économie informelle massive, où les montages prête-nom sont fréquents : un national figure officiellement comme propriétaire d’un fonds de commerce, tandis que l’opérateur étranger conserve la gestion effective et les flux financiers. La précédente vague de mesures du même type, dans les années 2000 et 2010, n’avait pas durablement bouleversé la cartographie commerciale des grandes villes, faute de contrôles réguliers et de relais bancaires pour les repreneurs congolais.
Pour les chancelleries et les chambres consulaires étrangères présentes à Kinshasa, le décret constitue un signal politique à décoder. Il intervient dans un contexte de tensions récurrentes autour du climat des affaires et de la sécurité juridique des investissements. Les diplomaties libanaise, indienne, pakistanaise et chinoise, dont les ressortissants sont au premier chef concernés, suivront de près l’application du texte, notamment dans les villes secondaires où les communautés marchandes étrangères jouent un rôle pivot dans la distribution de produits de première nécessité.
Reste la question du financement de la transition. Si l’État congolais souhaite que des nationaux reprennent effectivement les fonds de commerce concernés, encore faudra-t-il qu’un dispositif de crédit dédié, garanti ou bonifié, accompagne la réforme. À défaut, le décret risque de provoquer une contraction de l’offre, une hausse des prix de détail et une réorganisation souterraine des circuits, plutôt qu’une véritable congolisation du commerce de proximité. Le ministère n’a, à ce stade, communiqué aucun mécanisme financier d’accompagnement. Selon RFI Afrique.
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