Liban : raids israéliens sur le Sud et la Bekaa, riposte du Hezbollah

Scenic view of Faraiya's landscape with misty clouds at sunrise in Lebanon.Photo : Jo Kassis / Pexels

Les frappes israéliennes sur le Sud-Liban et la Bekaa occidentale ont repris avec intensité, selon les informations rapportées par la presse libanaise. Plusieurs localités frontalières ont été visées par des raids aériens et des tirs d’artillerie, tandis que la résistance libanaise a revendiqué une riposte ciblée contre des positions de l’armée israélienne. Ce regain d’hostilités intervient dans un contexte de violations répétées du cessez-le-feu négocié fin 2024 sous parrainage américain et français.

Une cartographie des frappes qui s’élargit au-delà du Sud-Liban

Les bombardements ne se limitent plus aux villages situés immédiatement au nord de la Ligne bleue. La Bekaa occidentale, région agricole et stratégique adossée à l’Anti-Liban, est désormais incluse dans le périmètre des opérations. Cette extension géographique traduit une volonté de l’état-major israélien de cibler ce qu’il décrit comme des infrastructures logistiques du Hezbollah, loin de la zone tampon prévue par les accords.

Sur le terrain, les habitants des localités frontalières du caza de Bint Jbeil et de Marjeyoun font état de tirs nourris. Dans la Bekaa, plusieurs frappes ont visé des zones rurales, provoquant des dégâts matériels sans bilan humain consolidé à ce stade. L’armée libanaise, déployée dans le cadre de l’application de la résolution 1701, n’a pas été en mesure d’empêcher ces incursions aériennes, faute de moyens de défense antiaérienne adaptés.

La riposte du Hezbollah, un signal politique calibré

Face à cette pression militaire continue, la formation chiite a annoncé une réponse contre des positions identifiées de Tsahal. Le caractère limité de cette riposte, dans son volume et sa portée, suggère une volonté de préserver le cadre du cessez-le-feu tout en affirmant un principe de dissuasion. Depuis la fin de la guerre ouverte de 2024, le mouvement dirigé par Naïm Qassem cherche à reconstruire ses capacités tout en évitant une escalade généralisée que l’environnement régional ne permettrait pas d’assumer.

Cette équation est d’autant plus délicate que la base sociale du Hezbollah, dans le Sud et la Bekaa, supporte le coût direct des frappes israéliennes. La reconstruction des villages détruits lors du conflit précédent reste largement inachevée, faute de financements internationaux et en raison du blocage des transferts liés aux sanctions américaines. Plusieurs ONG estiment à plusieurs milliards de dollars le coût des destructions accumulées.

Un cessez-le-feu vidé de sa substance

L’accord de novembre 2024, négocié sous l’égide de l’administration américaine sortante, prévoyait un retrait israélien progressif et le déploiement renforcé de l’armée libanaise au sud du Litani. Près d’un an plus tard, ces engagements demeurent partiellement appliqués. Tsahal maintient des positions dans plusieurs collines stratégiques en territoire libanais, et le mécanisme de surveillance présidé par les États-Unis n’a pas empêché la multiplication des frappes.

À Beyrouth, le gouvernement de Nawaf Salam dénonce ces opérations comme une atteinte à la souveraineté nationale et appelle la communauté internationale à exercer une pression effective sur Israël. Mais les marges de manœuvre diplomatiques restent étroites. Les Européens, divisés sur le dossier, peinent à imposer une ligne commune, tandis que Washington privilégie une approche bilatérale avec Tel-Aviv qui laisse peu de place aux préoccupations libanaises.

Pour les analystes régionaux, le scénario actuel ressemble à une guerre de basse intensité institutionnalisée. Les frappes ciblent méthodiquement des cadres présumés du Hezbollah, des dépôts logistiques et des axes de communication, sans déclencher d’offensive terrestre d’envergure. Cette stratégie d’attrition, déjà observée en Syrie depuis une décennie, vise à éroder les capacités de l’adversaire sans assumer le coût politique d’une nouvelle invasion.

La séquence en cours pose une question stratégique majeure pour l’État libanais : comment restaurer l’exclusivité de la décision militaire dans un contexte où ses frontières demeurent perméables et où sa souveraineté aérienne est quotidiennement bafouée. Selon Al Akhbar, les responsables sécuritaires libanais évoquent une intensification probable des opérations dans les semaines à venir.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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