Nigeria : 14 partis d’opposition scellent une alliance pour 2027

The iconic Jatiyo Sangsad Bhaban viewed from the red-brick plaza.Photo : Sazid Hasan / Pexels

L’opposition nigériane veut peser sur la prochaine échéance présidentielle. Réunies ce week-end à Ibadan, capitale de l’État d’Oyo dans le sud-ouest du Nigeria, quatorze formations politiques ont scellé un engagement de principe : converger vers une coalition unique pour affronter le All Progressives Congress (APC), parti au pouvoir dirigé par le chef de l’État Bola Ahmed Tinubu. La rencontre a réuni des cadres et figures issus de partis aux trajectoires hétérogènes, signe de la difficulté à fédérer un camp historiquement fragmenté.

Une coalition née du constat d’une opposition éclatée

Depuis la présidentielle de février 2023, remportée par Bola Tinubu avec moins de 37 % des suffrages exprimés, les états-majors d’opposition ressassent la même analyse : la division du vote anti-APC entre le People’s Democratic Party (PDP) d’Atiku Abubakar et le Labour Party (LP) de Peter Obi a ouvert un boulevard au candidat du pouvoir. Trois ans plus tard, la leçon semble en partie tirée. Les quatorze partis présents à Ibadan ont admis qu’aucune formation, prise isolément, ne dispose des ressources et de l’implantation territoriale suffisantes pour renverser la machine présidentielle.

L’initiative s’inscrit dans le sillage de tractations engagées au cours des derniers mois autour de l’African Democratic Congress (ADC), structure qui pourrait servir de véhicule électoral à une partie des opposants. Plusieurs poids lourds, dont l’ex-vice-président Atiku Abubakar et l’ancien gouverneur de Kaduna Nasir El-Rufai, ont déjà manifesté leur intérêt pour ce regroupement. La rencontre d’Ibadan ajoute une couche d’institutionnalisation à un processus jusque-là tâtonnant.

Les obstacles internes d’un front commun

Reste que les promesses d’unité n’ont jamais manqué dans l’histoire politique nigériane. Elles ont, en revanche, fréquemment buté sur la question du leadership et du partage des investitures. La désignation d’un candidat unique pour la présidentielle de 2027 constituera l’épreuve de vérité de cette coalition naissante. Atiku Abubakar, candidat malheureux à six reprises, Peter Obi, dont le score de 2023 a surpris les observateurs, et Rabiu Kwankwaso, du New Nigeria People’s Party (NNPP), nourrissent chacun des ambitions présidentielles que rien n’incite spontanément à mettre en sommeil.

Le clivage géographique pèse également. La règle informelle de rotation du pouvoir entre le Nord majoritairement musulman et le Sud chrétien, dite du zoning, structure depuis des décennies la sociologie électorale nigériane. Le mandat actuel revenant à un Sudiste, plusieurs barons du Nord estiment que le tour de leur région est venu en 2027. Une logique qui complique la candidature de Peter Obi, originaire du Sud-Est, et nourrit en parallèle les ambitions d’Atiku Abubakar et d’autres figures septentrionales.

Un climat économique et sécuritaire défavorable au pouvoir

Le pari de l’opposition repose aussi sur l’érosion du capital politique de Bola Tinubu. La suppression des subventions sur les carburants, décidée dès la prise de fonctions du président en mai 2023, a provoqué une flambée des prix à la pompe et alimenté une inflation supérieure à 30 % sur l’année 2024. La dévaluation du naira et la dégradation du pouvoir d’achat des classes moyennes urbaines fournissent aux opposants un terrain de campagne propice. Les violences récurrentes dans le Nord-Ouest, les tensions séparatistes dans le Sud-Est et la persistance de l’insurrection djihadiste autour du lac Tchad complètent un tableau sécuritaire dégradé.

Pour les chancelleries occidentales et les investisseurs, l’enjeu dépasse la seule alternance. Première économie d’Afrique de l’Ouest et puissance pétrolière membre de l’OPEP, le Nigeria conditionne, par sa stabilité, l’équilibre régional, des routes migratoires sahéliennes aux flux commerciaux du golfe de Guinée. Une présidentielle disputée, avec une opposition recomposée, pourrait rouvrir le débat sur la fiabilité du processus électoral, encore marqué par les contestations de 2023 devant la Cour suprême.

La feuille de route fixée à Ibadan prévoit la poursuite des concertations dans les mois à venir, avec pour horizon la désignation d’un candidat consensuel avant l’ouverture officielle de la campagne. L’épreuve s’annonce délicate. Selon PressAfrik, les quatorze formations se sont engagées à maintenir le cap d’une candidature unique face à l’APC.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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