Crise anglophone : au moins 14 morts à Jakiri dans le Nord-Ouest

Idyllic rural village scene with lush green hills and dirt road.Photo : Fatima Yusuf / Pexels

La crise anglophone au Cameroun vient de connaître une nouvelle flambée de violence à Jakiri, dans le département du Bui, région du Nord-Ouest. Le bilan provisoire fait état d’au moins quatorze personnes tuées, selon les informations communiquées par la presse camerounaise. Cet épisode meurtrier ravive l’inquiétude des populations civiles, prises depuis près d’une décennie en étau entre forces de défense et groupes séparatistes armés.

Jakiri, point chaud récurrent du Nord-Ouest anglophone

Jakiri figure parmi les localités régulièrement citées dans la chronique sécuritaire du Nord-Ouest. Cette zone agricole, traversée par l’axe routier reliant Bamenda à Kumbo, constitue un couloir stratégique convoité par les factions armées qui contestent l’autorité de Yaoundé. Les affrontements y opposent depuis plusieurs années l’armée camerounaise à diverses milices se réclamant de l’Ambazonie, l’État indépendantiste autoproclamé par les sécessionnistes anglophones.

Les circonstances précises de la tuerie restent à établir. Les autorités locales et les organisations de la société civile peinent souvent à reconstituer les faits dans des zones où l’accès humanitaire demeure limité. Les habitants, eux, paient un tribut croissant à un conflit dont l’intensité varie selon les saisons et les opérations militaires.

Une crise qui dure depuis bientôt dix ans

Le contentieux anglophone trouve ses racines dans la fin de l’année 2016, lorsque des avocats et enseignants des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont protesté contre ce qu’ils dénonçaient comme une marginalisation institutionnelle et linguistique. La répression des premières manifestations a précipité la radicalisation d’une partie de la contestation, jusqu’à la proclamation symbolique de l’Ambazonie en octobre 2017. Depuis, les deux régions sont entrées dans un cycle de violences armées qui a fait plusieurs milliers de morts et provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes.

Yaoundé a tenté plusieurs initiatives politiques, dont le Grand dialogue national tenu fin 2019 et l’octroi d’un statut spécial aux deux régions concernées. Ces dispositifs n’ont toutefois pas désarmé les groupes les plus radicaux, qui réclament l’indépendance pure et simple. Sur le terrain, les exactions attribuées tantôt aux séparatistes, tantôt aux forces régulières, alimentent la défiance des populations rurales et minent l’économie agricole de cette partie du pays.

Un enjeu sécuritaire et diplomatique pour Yaoundé

La récurrence d’événements meurtriers comme celui de Jakiri pèse sur la trajectoire politique du Cameroun. Le pays, qui vient de traverser une séquence électorale sensible, voit sa stabilité interne scrutée par ses partenaires internationaux. L’Union européenne, les États-Unis et plusieurs organisations onusiennes ont, à diverses reprises, appelé à un règlement négocié et à la protection des civils dans les régions anglophones.

Pour les acteurs économiques, la persistance de l’insécurité dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest représente un coût direct. Ces deux régions concentrent une part significative de la production de cacao, d’huile de palme et de bois, filières clés pour les exportations camerounaises. Les coupures de routes, les opérations de villes mortes et l’insécurité dissuadent les investissements et fragilisent les chaînes d’approvisionnement vers Douala.

La pression s’exerce également sur le plan diplomatique. La diaspora anglophone, particulièrement active en Amérique du Nord et en Europe, relaie chaque incident grave auprès des chancelleries et des organes de défense des droits humains. Cette internationalisation du dossier complique la posture de Yaoundé, qui défend une lecture strictement nationale du conflit. Reste que sans avancée politique tangible, les épisodes tragiques tels que celui de Jakiri risquent de continuer à rythmer le quotidien des deux régions.

La question d’un cessez-le-feu durable et d’un dialogue inclusif, intégrant les figures séparatistes les plus représentatives, demeure posée. Plusieurs médiateurs religieux et coutumiers continuent de plaider pour une désescalade, sans qu’aucun cadre formel n’ait pour l’heure abouti. Selon Journal du Cameroun, le bilan des victimes de Jakiri pourrait encore évoluer dans les prochains jours.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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