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L’image a fait le tour des réseaux sociaux ougandais : une Rolls-Royce immaculée paradant lentement dans les artères encombrées de Kampala, escortée par des agents de l’État. Le véhicule appartient à Anita Annet Among, présidente du Parlement et longtemps considérée comme l’une des figures les plus influentes du régime du président Yoweri Museveni. Sa saisie, présentée comme une opération anticorruption, marque un tournant dans le climat politique ougandais à quelques mois d’échéances électorales décisives.
Une opération anticorruption à forte charge symbolique
Officiellement, l’exhibition publique de la berline de luxe s’inscrit dans une campagne de lutte contre l’enrichissement illicite des hauts responsables. La procédure cible le patrimoine d’Anita Among, accusée par plusieurs voix internes et étrangères d’avoir accumulé des actifs disproportionnés au regard de ses fonctions. La présidente du Parlement figure déjà sur les listes de sanctions de Londres et de Washington, qui lui reprochent des faits de corruption liés à la gestion de fonds publics destinés au nord du pays.
Mais la mise en scène choisie par les autorités intrigue. Promener un véhicule de prestige dans la capitale relève davantage du théâtre politique que de la procédure judiciaire ordinaire. À Kampala, peu d’observateurs croient à une opération désintéressée. Le régime ougandais, au pouvoir depuis 1986, n’a jamais brillé par son zèle anticorruption lorsqu’il s’agissait de ses propres cadres. Le ciblage soudain d’une personnalité de premier plan ressemble, pour beaucoup, à un signal envoyé à l’ensemble de l’appareil.
Anita Among, rivale encombrante du clan Museveni
Élue à la tête du Parlement en 2022 après le décès de son prédécesseur, Anita Among s’est imposée comme une voix puissante au sein du Mouvement national de résistance (NRM), parti au pouvoir. Sa popularité dans l’est du pays, ses réseaux propres et son aisance médiatique en ont fait une rivale potentielle dans l’écosystème politique en pleine recomposition. Or cet écosystème se prépare à un événement majeur : la transmission progressive du pouvoir de Yoweri Museveni, octogénaire, à son fils, le général Muhoozi Kainerugaba, chef des forces de défense ougandaises.
Muhoozi multiplie depuis plusieurs mois les démonstrations de force, sur le terrain comme sur les réseaux sociaux. La perspective d’une succession dynastique, longtemps niée par l’entourage présidentiel, est désormais ouvertement assumée. Dans ce contexte, toute figure capable de peser sur le NRM ou de contester la légitimité du fils apparaît comme un obstacle. L’affaire Among illustre cette logique d’élagage politique, où la rhétorique anticorruption sert de levier pour neutraliser des concurrents incommodes.
Un avertissement adressé à l’appareil d’État
La séquence dépasse le sort personnel de la présidente du Parlement. En exposant publiquement les attributs de richesse d’une responsable jusqu’ici intouchable, le pouvoir signifie à l’ensemble des élites du régime que la loyauté envers le clan présidentiel deviendra le critère cardinal des prochaines années. Ministres, parlementaires et officiers savent désormais que leurs propres patrimoines peuvent être instrumentalisés à des fins politiques.
Cette stratégie n’est pas sans risque. Elle fragilise la cohésion du NRM à un moment où le parti doit affronter une opposition revigorée par la figure de Bobi Wine, dont le mouvement reste sous surveillance étroite. Les bailleurs internationaux, eux, observent avec circonspection une campagne anticorruption qui semble obéir davantage à des calculs de palais qu’à une volonté réelle d’assainissement. Plusieurs partenaires occidentaux ont déjà conditionné leur aide à des progrès tangibles en matière de gouvernance, sans résultats probants.
Reste que la trajectoire d’Anita Among demeure incertaine. Marginalisation politique, poursuites judiciaires, exil ou retour en grâce après allégeance : tous les scénarios restent ouverts dans un système où les disgrâces se négocient autant qu’elles se décrètent. La Rolls-Royce promenée dans Kampala n’est, à cet égard, qu’un épisode d’une recomposition plus vaste, où l’Ouganda s’apprête à entrer dans l’ère Muhoozi sous le regard inquiet de ses voisins est-africains. Selon Le Monde Afrique.
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