L’assainissement urbain s’impose à nouveau comme une priorité politique à Antananarivo. La municipalité de la capitale malgache vient d’engager une opération de grande ampleur visant à désengorger un centre-ville étouffé par l’encombrement permanent des rues, des trottoirs et des axes de transport. Marchands installés à même la chaussée, étals occupant les passages piétons, taxis et minibus stationnant sans logique apparente : la physionomie quotidienne de Tananarive traduit une pression urbaine devenue difficilement soutenable pour ses habitants comme pour ses autorités.
Une capitale étouffée par la pression urbaine
Le constat est ancien, mais il s’est aggravé au fil des années. Antananarivo concentre une part disproportionnée de l’activité économique nationale et attire un flux continu de migrants ruraux en quête de revenus. Faute de marchés municipaux suffisants et de plans de circulation cohérents, l’espace public a été progressivement absorbé par le commerce de rue. Les artères centrales, notamment celles d’Analakely et d’Ambohijatovo, fonctionnent désormais comme d’immenses bazars à ciel ouvert, au détriment de la fluidité du trafic et de l’accès aux commerces formels.
La nouvelle opération lancée par la mairie entend remettre de l’ordre dans ce paysage. Les équipes municipales procèdent à des évacuations, démantèlent les installations précaires et tentent de redéfinir les zones autorisées au commerce ambulant. L’objectif affiché consiste à restaurer la circulation, sécuriser les piétons et redonner à la capitale une lisibilité urbaine que beaucoup jugent perdue.
L’épineuse question des marchands informels
Mais l’exécution se heurte à une réalité tenace. Les marchands délogés n’ont, pour la plupart, aucune solution de repli. Le secteur informel constitue à Madagascar la principale source de revenus d’une fraction considérable de la population urbaine, dans un pays où les indicateurs de pauvreté demeurent élevés et où l’emploi formel reste rare. Chasser ces commerçants des trottoirs revient, pour beaucoup d’entre eux, à les priver d’une activité de subsistance immédiate.
Cette tension n’est pas nouvelle. Les précédentes campagnes d’assainissement urbain conduites dans la capitale malgache ont régulièrement buté sur le même obstacle : faute d’alternatives crédibles, les vendeurs reviennent quelques jours ou quelques semaines après l’intervention des autorités, reconstituant les étals déplacés. Le rapport de force se rejoue alors en boucle, sans qu’aucune solution structurelle ne s’impose durablement.
Un enjeu de gouvernance urbaine
Au-delà de la dimension policière, l’opération met en lumière un défi plus large de gouvernance. Antananarivo doit composer avec une démographie galopante, des infrastructures vieillissantes et une planification urbaine longtemps négligée. La construction de marchés couverts, la régulation du transport collectif, l’aménagement de zones piétonnes ou la formalisation progressive des activités informelles constituent autant de chantiers qui dépassent la seule logique d’évacuation.
La municipalité semble en avoir conscience. Les autorités locales évoquent la nécessité d’accompagner les commerçants déplacés vers des emplacements alternatifs, même si les modalités concrètes restent floues. Le succès de la démarche dépendra largement de la capacité à articuler fermeté réglementaire et solutions économiques tangibles, sous peine de voir la capitale retomber dans le même cycle d’encombrement quelques mois plus tard.
L’enjeu dépasse le seul confort urbain. Une capitale fonctionnelle conditionne l’attractivité économique du pays, l’efficacité de ses administrations et la qualité de vie de ses habitants. Antananarivo, comme nombre de métropoles africaines confrontées à la même équation, cherche un équilibre entre exigence d’ordre public et préservation des moyens de subsistance des plus vulnérables. Le résultat de cette opération sera scruté de près par les acteurs municipaux d’autres villes de la Grande Île, eux aussi rattrapés par les mêmes dynamiques. Selon RFI Afrique.
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