La diplomatie égyptienne réactive ses leviers régionaux. Le chef de la diplomatie du Caire, Badr Abdelatty, a tenu un entretien avec le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad al-Chaibani, consacré aux risques de débordement des conflits en cours et à la nécessité de préserver la stabilité du Proche-Orient. Selon la lecture relayée par la presse libanaise, les deux responsables ont insisté sur l’urgence d’éviter à la région tout glissement vers des affrontements de plus grande ampleur, dans un contexte marqué par la guerre à Gaza, les tensions au Sud-Liban et les recompositions sécuritaires en Syrie.
Le Caire renoue le fil avec la nouvelle diplomatie syrienne
Cette prise de contact illustre la stratégie d’engagement progressif menée par l’Égypte vis-à-vis des autorités issues de la transition syrienne. Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad fin 2024, Damas tente de reconstruire ses canaux diplomatiques avec les capitales arabes, et Le Caire entend peser dans cette reconfiguration. Pour Abdelatty, ancien diplomate aguerri aux dossiers levantins, l’enjeu consiste à arrimer la Syrie à un cadre régional arabe susceptible de contenir les ingérences extérieures.
L’entretien a mis l’accent sur la coordination politique nécessaire entre les deux pays, présentés comme deux piliers historiques de l’ordre arabe. Chaibani, figure montante de la diplomatie syrienne post-transition, cherche pour sa part une reconnaissance régionale qui consoliderait la légitimité internationale du nouveau pouvoir à Damas. La symbolique d’un dialogue de haut niveau avec Le Caire pèse à cet égard d’un poids particulier.
Une région sous la menace d’un embrasement élargi
La séquence intervient alors que plusieurs foyers de tension menacent de converger. Les opérations militaires israéliennes à Gaza, les frappes répétées au Liban, l’instabilité persistante dans le sud syrien et les confrontations indirectes entre Israël et l’Iran composent un environnement explosif. Les deux ministres ont, selon la dépêche, exprimé leur préoccupation face à la possibilité d’un dérapage incontrôlé qui entraînerait l’ensemble du Levant dans une guerre élargie.
Le Caire défend une ligne constante depuis le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023 : refus de l’élargissement géographique du conflit, opposition aux déplacements forcés de populations palestiniennes vers le Sinaï et plaidoyer pour une solution politique fondée sur la création d’un État palestinien. Damas, de son côté, doit composer avec une présence militaire israélienne accrue dans la zone tampon du Golan et des frappes régulières sur son territoire. Les deux capitales partagent donc, sur plusieurs points, une lecture convergente des risques.
Reconstruction syrienne et architecture sécuritaire arabe
Au-delà du volet sécuritaire, la rencontre a abordé la question de la reconstruction de la Syrie et du rôle que pourraient jouer les économies arabes dans ce chantier estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars. L’Égypte, qui dispose d’un savoir-faire reconnu dans le BTP et les infrastructures, observe avec attention les opportunités que pourrait offrir la levée progressive des sanctions occidentales contre Damas. Plusieurs grands groupes égyptiens du secteur de la construction se positionnent déjà sur des projets pilotes.
La coordination entre Le Caire et Damas s’inscrit également dans une logique plus large de réactivation de la Ligue arabe comme cadre de concertation politique. La réintégration de la Syrie dans l’organisation panarabe, actée en 2023, avait posé les bases d’un retour progressif de Damas dans le concert régional. Le changement de pouvoir intervenu depuis a rebattu les cartes, mais les structures de dialogue arabes demeurent. Reste à savoir si elles parviendront à peser face aux dynamiques imposées par les acteurs extérieurs, notamment Washington, Téhéran et Ankara.
Pour Abdelatty, l’objectif affiché est clair : prévenir tout effet domino susceptible de déstabiliser durablement les voisins arabes de l’Égypte et de fragiliser une région déjà éprouvée par plus de deux ans de guerre continue. La poursuite des consultations bilatérales devrait s’accompagner, dans les prochaines semaines, d’initiatives diplomatiques élargies impliquant la Jordanie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Selon Al Akhbar.
Pour aller plus loin
Le Gabon inaugure son Palais des congrès et vise l’Union africaine · Mozambique : Washington engage 537,5 millions USD via le MCC · Africa N°1 : Libreville négocie la recomposition du capital avec Tripoli

Be the first to comment on "Badr Abdelatty rencontre Assaad al-Chaibani pour apaiser la région"