L’armée libanaise a confirmé mardi qu’une frappe ciblée israélienne avait blessé deux de ses soldats dans le sud du Liban, à Majdal Zoun, alors qu’ils participaient à une opération de secours conduite avec la Défense civile. C’est la première fois que Beyrouth fait état de pertes au sein de ses forces régulières depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu signé le 17 avril avec l’État hébreu. L’incident, rendu public par un communiqué militaire, replace la trêve sous une lumière crue.
Une frappe ciblée en pleine mission de secours
Selon le récit des autorités militaires libanaises, les deux soldats accompagnaient des équipes de la Défense civile engagées dans une opération humanitaire lorsqu’ils ont été visés. Le communiqué insiste sur la nature non combattante de la mission, un argument destiné à souligner le caractère disproportionné de la frappe. La localité de Majdal Zoun, située dans le caza de Tyr, figure parmi les zones les plus exposées aux opérations israéliennes depuis le déclenchement de la guerre avec le Hezbollah à l’automne 2023.
L’armée libanaise n’a pas précisé l’état exact des blessés ni détaillé le type de munition employée. Elle a néanmoins rappelé que l’État hébreu maintient des positions dans plusieurs points du sud du territoire et continue de mener des bombardements sporadiques, malgré l’accord de cessation des hostilités. Cette présence, qualifiée d’occupation par Beyrouth, reste l’un des principaux points de friction de la mise en œuvre de la trêve.
Un cessez-le-feu fragilisé depuis le 17 avril
L’accord du 17 avril prévoyait le retrait des forces israéliennes du sud-Liban, le redéploiement de l’armée libanaise au sud du fleuve Litani et le démantèlement des positions militaires non étatiques dans cette zone. Près de huit mois après son entrée en vigueur, son application demeure partielle. Tsahal conserve plusieurs collines stratégiques jugées indispensables à la sécurité de la Galilée, et les frappes contre des cibles présentées comme liées au Hezbollah n’ont pas cessé.
L’incident de Majdal Zoun marque toutefois un seuil symbolique. Jusqu’à présent, les victimes des opérations israéliennes étaient majoritairement des combattants présumés du Hezbollah, des civils ou des secouristes. Le ciblage de soldats appartenant aux Forces armées libanaises (FAL), institution soutenue politiquement et financièrement par les États-Unis, la France et plusieurs partenaires du Golfe, place Beyrouth devant un dilemme diplomatique. L’armée régulière est précisément l’acteur que la communauté internationale entend renforcer pour faire respecter la résolution 1701 des Nations unies dans le sud.
Beyrouth face à une équation diplomatique tendue
Le gouvernement libanais, dirigé depuis le début de l’année par Nawaf Salam, mise sur la diplomatie pour obtenir un retrait complet des troupes israéliennes et un arrêt des frappes. Cette stratégie repose sur le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, copiloté par Washington et Paris, qui doit théoriquement traiter les violations recensées. Reste que les saisines libanaises se multiplient sans produire d’infléchissement notable du côté israélien, ce qui nourrit les critiques internes contre l’exécutif.
Pour l’État hébreu, la doctrine reste inchangée : prévenir toute reconstitution des capacités militaires du Hezbollah dans la profondeur du sud-Liban, quitte à frapper en dehors des paramètres formels de la trêve. Les autorités israéliennes n’avaient pas immédiatement commenté l’incident de Majdal Zoun. Dans le passé, elles ont régulièrement justifié ce type d’opérations par la présence supposée de cadres ou d’infrastructures du mouvement chiite à proximité des cibles visées.
Sur le terrain, la perspective d’un retour à la normale s’éloigne pour les habitants des villages frontaliers. La reconstruction tarde, l’économie locale reste paralysée et les déplacés peinent à regagner leurs foyers. Chaque incident impliquant l’armée libanaise pèse en outre sur le moral d’une institution déjà éprouvée par la crise économique et la décomposition de l’État. Selon RFI Afrique.
Pour aller plus loin
Israël reconnaît une impasse militaire face au Hezbollah au Liban-Sud · Téhéran retrouve un semblant de normalité après le cessez-le-feu · Liban : les Forces libanaises accusées de porter un discours partitionniste

Be the first to comment on "Sud-Liban : deux soldats libanais blessés par une frappe israélienne"