Liban : les Forces libanaises accusées de porter un discours partitionniste

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

L’unité du Liban redevient un sujet de préoccupation régionale. Selon le quotidien beyrouthin Al Akhbar, des capitales arabes voisines suivent avec inquiétude la résurgence d’un discours partitionniste porté, en première ligne, par les Forces libanaises de Samir Geagea. Le journal, proche de l’axe de la résistance, alerte sur une rhétorique qui dépasse, selon lui, les codes habituels du pluralisme communautaire pour flirter ouvertement avec l’idée d’un fractionnement territorial.

Un discours partitionniste qui inquiète les capitales arabes

La thèse défendue par Al Akhbar est que plusieurs chancelleries de la région considèrent désormais la cohésion libanaise comme un dossier de sécurité régionale, et non plus comme une simple question intérieure. Le quotidien évoque une vigilance accrue de pays arabes face à des prises de parole publiques, attribuées à des cadres des Forces libanaises, qui assument une lecture confessionnelle de la crise et flirtent avec l’option d’un repli territorial chrétien. Cette grille de lecture, longtemps considérée comme un tabou depuis l’accord de Taëf de 1989, refait surface dans un climat de paralysie institutionnelle.

Le journal souligne que les craintes exprimées dans la région ne portent pas uniquement sur la rhétorique elle-même, mais sur le contexte dans lequel elle s’inscrit. La guerre de l’automne 2024 entre Israël et le Hezbollah, le cessez-le-feu fragile qui a suivi, et la recomposition du paysage politique au Levant après la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie ont recréé un terrain propice aux scénarios centrifuges. Dans ce paysage, toute remise en cause publique du pacte national libanais prend une résonance particulière.

Les Forces libanaises au cœur de la polémique

Al Akhbar place le parti dirigé par Samir Geagea au centre de sa charge. La formation chrétienne, sortie renforcée des dernières législatives au sein de la communauté maronite, est accusée par le journal de capitaliser sur l’affaiblissement du Hezbollah pour pousser un agenda de redéfinition du contrat libanais. Le quotidien décrit une stratégie qui, sans revendiquer ouvertement la partition, en banalise le vocabulaire à travers des références à la décentralisation poussée, au fédéralisme ou à l’autonomie des régions.

Cette lecture n’est évidemment pas neutre. Al Akhbar défend une ligne politique proche du Hezbollah et du courant aouniste, et son récit s’inscrit dans la bataille narrative qui oppose, à Beyrouth, les partisans d’un État centralisé adossé à la résistance armée et ceux qui plaident pour une refonte profonde du système, voire pour le désarmement du Hezbollah. Reste que la mise en garde du journal recoupe des inquiétudes formulées, ces derniers mois, par plusieurs voix au sein du clergé maronite et par des responsables sunnites attachés à la formule de Taëf.

Un Levant recomposé, un équilibre libanais sous pression

Au-delà du jeu interne, la dimension régionale est centrale. La chute de Damas en décembre 2024, la pression militaire israélienne maintenue sur le sud du Liban et la redéfinition des alliances dans le Golfe modifient les paramètres traditionnels du dossier libanais. L’Arabie saoudite, longtemps parrain du camp souverainiste, observe avec prudence la radicalisation des positions chrétiennes, tandis que l’Égypte et la Jordanie redoutent qu’un précédent libanais de fragmentation n’inspire d’autres théâtres déjà fragilisés.

Le quotidien insiste sur un paradoxe. Les Forces libanaises ont longtemps revendiqué le label de défenseurs de la souveraineté de l’État face à l’arsenal du Hezbollah. En adoptant, selon Al Akhbar, un vocabulaire qui questionne ouvertement la viabilité de l’unité nationale, le parti exposerait son flanc à une critique inverse, celle de fragiliser l’idée même d’un Liban un et indivisible. La nuance entre fédéralisme assumé et partition rampante devient, dans cette controverse, un enjeu politique majeur.

Pour les chancelleries arabes, l’horizon de court terme reste la consolidation des institutions libanaises, à commencer par le gouvernement issu de l’élection présidentielle de janvier 2025 et la mise en œuvre du cessez-le-feu avec Israël. Toute escalade verbale autour de la partition est perçue comme un facteur aggravant, susceptible de réveiller des lignes de fracture que la guerre civile, achevée en 1990, n’a jamais véritablement refermées. Selon Al Akhbar, plusieurs partenaires régionaux ont d’ores et déjà fait passer des messages discrets à Beyrouth pour endiguer cette dérive.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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