Trump prolonge le cessez-le-feu au Liban et évoque un sommet Aoun-Netanyahu

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

La Maison Blanche a confirmé la prorogation de la trêve conclue entre Israël et le Hezbollah, un dispositif qui reste la colonne vertébrale de la désescalade à la frontière sud-libanaise. Donald Trump a lui-même fait cette annonce, en la couplant à une perspective inédite depuis des décennies : une rencontre directe entre le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Selon le locataire de la Maison Blanche, cette entrevue pourrait intervenir dans un délai d’environ trois semaines, sans qu’un lieu ni un format n’aient été précisés à ce stade.

Un cessez-le-feu prolongé sous parrainage américain

La trêve en vigueur au Liban, négociée à l’automne 2024 après plus d’un an de confrontation entre Israël et le Hezbollah, arrivait à une nouvelle échéance technique. Son renouvellement par décision présidentielle américaine signale la volonté de Washington de verrouiller le cadre existant plutôt que de le renégocier. Le mécanisme repose sur un retrait graduel des forces israéliennes du Liban-Sud, un redéploiement de l’armée libanaise dans la zone et une supervision internationale incluant les États-Unis et la France.

En pratique, l’administration Trump hérite d’un dispositif mis en place sous la présidence Biden et choisit de le faire vivre, malgré les accrochages réguliers signalés le long de la Ligne bleue. Plusieurs frappes israéliennes ont visé ces derniers mois des cadres présumés du Hezbollah dans la plaine de la Bekaa et dans la banlieue sud de Beyrouth, sans remettre officiellement en cause la trêve. La prolongation annoncée par Donald Trump acte cette lecture : les violations ponctuelles ne suffisent pas à enterrer l’accord.

Une possible rencontre Aoun-Netanyahu, rupture symbolique

L’élément le plus frappant de la séquence reste la perspective d’un face-à-face entre le président libanais Joseph Aoun, élu en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance au palais de Baabda, et Benjamin Netanyahu. Le Liban et Israël n’entretiennent aucune relation diplomatique et demeurent techniquement en état de guerre depuis 1948. Une rencontre au sommet constituerait donc une rupture d’une ampleur comparable, toutes proportions gardées, aux épisodes normalisateurs du Golfe en 2020.

Joseph Aoun, ancien commandant en chef de l’armée libanaise, dispose d’un profil qui facilite le dialogue avec Washington, tout en l’exposant frontalement à la pression intérieure. Le Hezbollah, affaibli militairement mais toujours central dans l’équation politique libanaise, rejette par principe toute négociation directe avec l’État hébreu. Les partis chrétiens et sunnites, pour leur part, scrutent la marge de manœuvre que l’exécutif pourra dégager sans fracturer l’équilibre confessionnel.

Côté israélien, Benjamin Netanyahu chercherait à capitaliser diplomatiquement sur l’affaiblissement du Hezbollah consécutif aux opérations de 2024, tout en consolidant l’axe porté par Washington dans la région. Un geste en direction de Beyrouth nourrirait également la stratégie plus large d’élargissement des accords d’Abraham, dossier auquel l’administration Trump accorde une priorité affichée.

Ce que Washington cherche à verrouiller

Pour Donald Trump, le Levant reste un théâtre où s’entrecroisent plusieurs dossiers stratégiques : le canal de sortie de crise à Gaza, la trajectoire syrienne après la chute de Bachar al-Assad fin 2024, et le containment du programme nucléaire iranien. Stabiliser durablement le front libanais libère des marges de négociation sur ces autres terrains. La prolongation de la trêve et l’hypothèse d’une rencontre Aoun-Netanyahu s’inscrivent dans cette architecture.

Reste à mesurer la solidité politique du dispositif. Aucun calendrier formel n’a été publié côté libanais, et la présidence à Baabda s’est gardée de confirmer dans l’immédiat la tenue d’une telle rencontre. Les prochaines semaines diront si l’annonce présidentielle américaine relève d’une intention diplomatique mûrie ou d’une pression publique destinée à forcer la main des acteurs locaux. Dans les deux cas, la séquence marque un test grandeur nature pour la diplomatie régionale de la seconde administration Trump.

Selon Al Akhbar.

Pour aller plus loin

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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