Plus d’une centaine de corps demeurent entreposés sans réclamation à la morgue de Casep-Ga, au Gabon, posant un problème sanitaire et social que les autorités peinent à résorber. La situation, qui s’installe dans la durée, révèle les défaillances d’un dispositif funéraire public saturé et le désengagement de nombreuses familles incapables de financer des obsèques dignes. Le phénomène dépasse la seule question logistique pour toucher à la cohésion sociale et au rôle de l’État dans l’accompagnement des populations précaires.
Une morgue publique sous tension permanente
La structure de Casep-Ga, qui relève du service funéraire public, fonctionne depuis plusieurs années au-delà de ses capacités nominales. L’établissement accueille à la fois des dépouilles issues des hôpitaux publics, des victimes de la voie publique et des personnes décédées sans famille identifiée. Cette polyvalence, combinée à un afflux constant, génère une accumulation chronique que les services gabonais ne parviennent pas à maîtriser.
Le chiffre actuel, supérieur à cent corps non réclamés, traduit un engorgement qui se répercute sur les conditions de conservation et sur la gestion quotidienne du site. Les agents affectés à la morgue doivent composer avec des équipements vieillissants et des rotations insuffisantes, alors que la demande de stockage ne faiblit pas. Ce déséquilibre structurel alimente des tensions entre les responsables administratifs et les familles confrontées à des délais d’inhumation rallongés.
Le poids économique des obsèques au Gabon
Derrière l’abandon des dépouilles se dessine une réalité économique implacable. Au Gabon, le coût d’un enterrement conforme aux usages traditionnels atteint fréquemment plusieurs millions de francs CFA, entre frais de morgue, cercueil, transport du corps vers le village d’origine et cérémonies rituelles. Pour de nombreux ménages, cette charge devient insurmontable, surtout lorsque le défunt n’était pas le principal pourvoyeur du foyer.
Les familles qui renoncent à réclamer un proche ne le font pas par indifférence, mais souvent par impossibilité matérielle. Certaines attendent des mois dans l’espoir de réunir les fonds nécessaires, sans que la facture de conservation ne cesse de s’alourdir. D’autres, résignées, laissent l’administration assumer l’inhumation en fosse commune lorsque celle-ci est ordonnée. Cette mécanique, silencieuse, concerne en priorité les quartiers populaires de Libreville et les périphéries urbaines où la précarité s’est accentuée au cours des dernières années.
Un défi de santé publique pour les autorités de transition
La saturation de Casep-Ga place les autorités gabonaises face à un dossier sensible. Depuis le changement de régime opéré en août 2023, les équipes au pouvoir ont multiplié les annonces en matière de justice sociale et d’amélioration des services publics. La question mortuaire, longtemps reléguée au second plan, s’impose désormais comme un marqueur concret de l’efficacité de l’action publique.
Plusieurs pistes reviennent régulièrement dans le débat : la prise en charge partielle des frais d’inhumation pour les indigents, l’organisation d’opérations périodiques d’enterrement groupé sous contrôle administratif, et la modernisation des installations existantes. Aucune de ces options n’a pour l’instant fait l’objet d’une mise en œuvre d’ampleur, et les annonces peinent à se traduire en décisions exécutoires. Reste que la pression exercée par l’accumulation des corps impose un arbitrage rapide, tant pour des raisons sanitaires que symboliques.
Le dossier dépasse par ailleurs le seul périmètre de la capitale. Les morgues de plusieurs villes de province connaissent des tensions comparables, quoique dans des proportions moindres. Une réflexion nationale sur l’architecture des services funéraires, leur financement et leur articulation avec les politiques sociales apparaît nécessaire pour sortir d’une gestion au cas par cas. Concrètement, il s’agit de définir qui, du ministère de la Santé, des collectivités locales ou des familles, supporte la charge ultime d’une mort sans moyens.
À ce stade, aucune communication officielle détaillée n’a été rendue publique sur un plan d’apurement. Les associations de défense des droits humains présentes au Gabon ont néanmoins commencé à interpeller les autorités sur la dignité due aux défunts, quelle que soit leur condition sociale. Selon Info241.com, la situation à la morgue de Casep-Ga reste inchangée et appelle une réponse structurée des pouvoirs publics.
Pour aller plus loin
Comores : le Syndicat national des journalistes renouvelle son bureau · Abidjan lance une offensive contre le désordre urbain · Sénégal : la Fédération de football épinglée sur la gouvernance des sélections

Be the first to comment on "Gabon : plus de cent corps non réclamés à la morgue de Casep-Ga"