Washington sonde discrètement plusieurs capitales africaines pour reloger des Afghans ayant épaulé l’armée américaine durant les deux décennies d’engagement à Kaboul. La République démocratique du Congo (RDC) figure parmi les destinations envisagées, selon des informations rapportées par la presse panafricaine. Le dossier, qui concerne plus d’un millier de personnes, confronte Kinshasa à un arbitrage délicat entre opportunité diplomatique avec la première puissance mondiale et exigences de sécurité intérieure.
Un redéploiement post-retrait toujours inachevé
Depuis le retrait américain d’Afghanistan en août 2021 et la reprise du pouvoir par les Talibans, des dizaines de milliers d’Afghans ayant travaillé comme interprètes, chauffeurs, agents logistiques ou auxiliaires pour les forces de la coalition vivent dans une zone grise administrative. Beaucoup ont transité par des bases américaines au Qatar, aux Émirats arabes unis ou sur le sol européen, dans l’attente d’un visa d’immigration spécial (SIV) vers les États-Unis. La procédure, engorgée, laisse plusieurs milliers de candidats sans horizon clair.
Face à cette situation, l’exécutif américain multiplie les approches bilatérales pour trouver des pays de transit ou d’accueil de longue durée. L’Ouganda et le Rwanda ont déjà été sollicités ou ont accepté des contingents limités ces dernières années. L’évocation de la RDC marque un élargissement du périmètre vers l’Afrique centrale francophone, région où Washington ne dispose pas d’un ancrage migratoire comparable à celui qu’il entretient en Afrique de l’Est.
Kinshasa face à une équation diplomatique inédite
Pour le gouvernement congolais, la requête américaine n’a rien d’anodin. Elle intervient alors que les relations entre Kinshasa et Washington connaissent un réchauffement sensible, porté par les dossiers miniers stratégiques, en particulier autour du cobalt et du cuivre, et par la recherche de contrepoids à l’influence chinoise et rwandaise dans la région des Grands Lacs. Accepter un transfert humanitaire sollicité par la Maison-Blanche offrirait à la présidence Tshisekedi un levier supplémentaire dans cette relation.
Reste que les contraintes sont lourdes. Le pays fait face à un conflit armé persistant dans l’Est, où les opérations de l’armée congolaise contre les groupes rebelles, notamment le M23, mobilisent l’essentiel des ressources sécuritaires. L’accueil d’une population étrangère identifiée comme ayant collaboré avec une armée occidentale soulèverait des questions sensibles de protection, d’intégration administrative et de suivi consulaire. Les services congolais devraient également évaluer les risques d’infiltration ou de représailles extraterritoriales, alors que plusieurs réseaux jihadistes restent actifs sur le continent.
Un précédent qui interroge la doctrine migratoire africaine
L’éventualité d’un accord RDC-États-Unis sur ce dossier poserait un précédent pour l’ensemble de l’Afrique francophone. Jusqu’ici, les transferts post-Afghanistan ont principalement concerné des pays anglophones aux infrastructures d’accueil rodées, parfois adossées à des financements onusiens. Kinshasa devrait négocier un cadre juridique précis : statut des personnes accueillies, durée du séjour, prise en charge financière américaine, garanties de réinstallation ultérieure vers un pays tiers.
La question du coût est centrale. Les précédents connus indiquent que l’administration américaine assume généralement le transport, l’hébergement et une partie des dépenses de sécurité, mais les États hôtes supportent des externalités non négligeables. Dans un contexte où la RDC négocie parallèlement avec le Fonds monétaire international (FMI) et cherche à stabiliser son budget, toute ouverture d’un dossier d’accueil devra être calibrée financièrement.
Au-delà des Afghans concernés, ce dossier illustre la tendance croissante de Washington à externaliser une partie de sa gestion migratoire post-conflit vers des partenaires africains, selon une logique déjà à l’œuvre pour d’autres cohortes de réfugiés. Pour Kinshasa, une décision publique est attendue dans les prochaines semaines, même si aucune annonce officielle n’a pour l’heure confirmé un accord en gestation. Selon PressAfrik, les discussions entre les deux administrations se poursuivent.
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