Tchad et Algérie scellent une trentaine d’accords bilatéraux à Alger

High-angle view of Algiers features bustling traffic, historic architecture, and vibrant city life.Photo : Adem / Pexels

Le déplacement officiel du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno à Alger s’est conclu par la conclusion d’une trentaine d’accords bilatéraux couvrant un large spectre sectoriel. Reçu par son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, le chef de l’État tchadien a scellé une série de conventions qui engagent les deux pays sur le plan politique, économique et sécuritaire. Cette visite d’État marque un réchauffement notable entre N’Djamena et Alger, deux capitales dont les relations sont longtemps restées en demi-teinte.

Les textes paraphés à cette occasion balisent une coopération appelée à se déployer sur plusieurs années. Les domaines concernés s’étendent de la défense à l’énergie, en passant par l’agriculture, l’enseignement supérieur, la santé, les transports et la diplomatie économique. Le format retenu, celui d’une Haute commission mixte, doit garantir un suivi opérationnel des engagements pris à Alger.

Un partenariat stratégique pour sécuriser le flanc sahélien

La dimension sécuritaire occupe une place centrale dans cet ensemble conventionnel. Le Tchad, confronté aux pressions jihadistes autour du lac Tchad et aux répercussions du conflit soudanais à sa frontière orientale, cherche des relais diplomatiques solides. L’Algérie, pour sa part, entend contenir l’instabilité qui remonte du Sahel vers ses propres frontières méridionales, notamment depuis le Mali et le Niger. La convergence des intérêts sécuritaires des deux capitales s’est traduite par des engagements sur le renseignement, la formation militaire et la coordination dans la lutte contre le terrorisme transfrontalier.

Ce rapprochement intervient dans une séquence régionale mouvante. Le retrait des contingents occidentaux du Sahel, la recomposition de l’Alliance des États du Sahel et l’affaiblissement de la CEDEAO ont ouvert un espace que plusieurs puissances cherchent à investir. Alger, qui revendique un rôle historique de médiateur saharo-sahélien, voit dans le Tchad un interlocuteur pivot entre l’Afrique centrale et la bande sahélo-saharienne. N’Djamena, de son côté, diversifie ses partenariats au moment où ses équilibres diplomatiques traditionnels, notamment avec Paris, se recomposent.

Énergie, infrastructures et diplomatie économique

Le volet économique des accords signés à Alger ambitionne de bâtir un socle concret à une relation longtemps restée symbolique. L’Algérie, deuxième économie d’Afrique du Nord et acteur majeur du secteur des hydrocarbures, dispose d’un savoir-faire que le Tchad souhaite mobiliser. Les discussions ont porté sur l’accompagnement technique dans le raffinage, la pétrochimie et la distribution, autant de maillons où Sonatrach et ses filiales peuvent apporter une expertise éprouvée. Des pistes de coopération dans les mines et les engrais ont également été évoquées.

Les infrastructures figurent parmi les chantiers prioritaires. La route transsaharienne, dont l’axe Alger-Lagos traverse le Niger, pourrait trouver un prolongement logique vers N’Djamena, ouvrant au Tchad enclavé un débouché septentrional vers la Méditerranée. Pour Alger, ce tracé représente un instrument de projection commerciale vers l’Afrique subsaharienne, en cohérence avec sa politique d’adhésion à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Les accords signés mentionnent aussi l’aviation civile, la connectivité numérique et la facilitation des visas d’affaires.

Formation, santé et capital humain

Au-delà des grands secteurs régaliens et marchands, plusieurs conventions concernent le capital humain. L’enseignement supérieur, la formation professionnelle et les bourses d’études destinées aux étudiants tchadiens dans les universités algériennes figurent parmi les engagements pris. La santé publique n’est pas en reste, avec des coopérations envisagées dans la production pharmaceutique, où l’Algérie a développé un tissu industriel consistant au cours de la dernière décennie.

Reste désormais à transformer ces paraphes en réalisations. L’expérience des précédentes commissions mixtes africaines montre que l’écart entre les annonces et leur exécution demeure le principal défi. Les chancelleries des deux pays devront installer rapidement les comités de suivi pour préserver la dynamique impulsée à Alger. La prochaine session de la Haute commission mixte, dont la tenue a été évoquée à N’Djamena, fournira un premier test de crédibilité à cet axe bilatéral qui ambitionne désormais de peser sur l’échiquier régional. Selon PressAfrik, une trentaine d’accords ont été formalisés au cours de cette visite d’État.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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